Marche funèbre

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On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui. Personnellement, je préfére rire d'Auschwitz avec un juif que de jouer au scrabble avec Klaus Barbie.
(Pierre Desproges)

Pompe funèbres

Samedi 20 mars 2010 6 20 /03 /2010 12:00
profilok-copie-1Note : la version originale de l'article suit, si vous préférez...
Félicitations à tous les participants à la clôture du jour. (Sans cette intro, que serait mon blog ? Au fait, l'image des deux croque-morts avec l'incrustation des Idées Noires de Franquin, je l'ai bricolée avec mon vieux téléphone Samsung à l'époque du blog Orange. Ca le fait, hein ?)

___Que font les croque-morts en cas de catastrophe ? (poser une question favorise l'implication des lecteur. Les lecteurs, c'est toi. Alors implique toi) Ils réagissent avec courage, abnégation et sang-froid, dans la mesure de leurs moyens. (Vous admirerez parfois la fausse modestie discrètement dissimulée dans cette sobre introduction)
___Voici leur histoire. (Oui, j'aime bien Nex York Section Criminelle. Mais je l'écrit en petit parce que je suis pas fier)
___L'appel tomba du poste de police de la rue Colbert à 19 H 45 (adresse célébre à Brest. il est quasi impossible de se garer dans le quartier). Réquisition (une réquisition, c'est quand la police, ou la gendarmerie, requiert les Pompes Funèbres). C'était dans un champ de Guipavas, l'aéroport international de Brest. (Vraiment international, et très à la campagne)
___La fille du standard de la police (précision non sexiste), jeune sans doute (précision non anti jeune), n'avait pas plus de précisions (Précision non précise). Un crash d'avion près de Guipavas (à ne pas confondre avec un scratch de DJ à "la Boite," également sise à Guipavas). C'était la panique, il fallait que les pompes funèbres interviennent. Puis la communication fut coupée (véridique. Merci Orange).
___"Sans doute une perturbation electromagnétique causée par la carcasse de l'appareil" (La, je romance. J'étais pas dans sa tête. La mienne me suffit), songea l'assistant qui avait reçu l'appel le plus perturbant de sa vie (La encore, je romance). Il appela donc son collégue de permanence, l'ambulancier, qui s'installait avec un café dans son fauteuil, en prévision du journal de 20 heures. Celui-ci était loin de se douter que, dans très exactement deux minutes et dix sept secondes,(le passage précédent a été sponsorisé par les montres Swatch. Il donne une mesure assez précise du temps qu'il faut au premier pour retrouver le numéro du second dans le repertoire, le composer, ramasser le téléphone qu'il a fait tomber, attendre que la communication s'établisse, à l'autre de râler, de prendre son téléphone, de répondre, de faire répéter, de hurler un peu...) son coeur allait manquer un battement, son mug South Park (Quoi qu'il fut plutôt du genre Simpsons) allait choir sur le sol, brisant son anse et répandant son contenu sur le parquet, que son fauteuil serait violemment propulsé contre le mur lorsqu'il s'en reléverait trop brutalement, et qu'il manquerait de renverser un petit meuble en glissant dans le café récemment répandu, au moment ou une voix familière lui annoncerait un crash d'avion à Brest-Guipavas (passage frustrant. J'aurai voulu détailler plus la description, mais mon patron exige de moi un certain nombre d'heures de présence au travail en échange de mon salaire, ce qui m'emêche de consacrer à ce blog autant de temps que je le souhaiterai. Quel tyran !).
___C'est en pilotage automatique (Crash d'avion, pilotage automatique : subtil !) qu'il rejoindrait son collégue, sur les chapeaux de roues, et que tous les deux, dans l'ambulance (en fait, un TSC, ou "Transport Sans Cercueil"), traverseraient Brest, en cette heure délicate ou le jour et la nuit se rencontrent et s'échangent de mystérieuses paroles que le zeph' emportera à l'horizon avec la chaleur de la journée (J'aurais été un bon poëte, non ? Poët poët !). Et ainsi fut fait.
___L'ambulance funèraire traversait la ville à une vitesse prohibée, avec deux croques-morts à bord (précision redondante ? Deux animateurs de bals pop' n'auraient servis à rien).
___Le premier, front plissé par la concentration (cette phrase est sponsorisée par les antirides Nivéa), s'efforcait de penser à la route, uniquement la route, qui défilait sous lui à une vitesse indicible, et aux feux rouges qu'il ignorait, et aux ronds points qu'il traversait à fond de train (cette phrase lui a coûté vingt huit points). Il chassait de son esprit les flammes, les corps brisés, déchiquetés, carbonisés, les membres amputés qui jonchaient le sol, la nuit qui clignotait en bleu gyrophares (je l'ai vu une fois, le ciel en bleu gyrophare, c'est inoubliable. Parfois, je me réveille encore la nuit), les hommes désemparés qui courraient en tout sens à la recherche d'un espoir, d'un signe de vie, à l'arrière plan, la carcasse gigantesque de l'appareil transformé en cercueil, et au premier plan, posé sur la pelouse arrosée de kérozéne (Super pour tuer la mousse. Dommage que ça flingue aussi le gazon), un doudou, qui avait appartenu au plus jeune des passagers, victime expiatoire de la folie des hommes dans leur course inexorable au progrès et à la conquéte des cieux malgré la leçon donnée par les Dieux à Icare, enfant qui emporterait avec lui les dernières traces d'innocences de tous ceux qui serait présents sur les lieux, tant est si peu qu'il leur en fusse resté.
___Il sentait couler sur son visage les larmes et la sueur. Un avion s'était écrasé à Guipavas. (J'aime les leitmotiv)
___Le second appelait, appelait sans relâche. D'abord son chef, le directeur de région Bretagne Nord, qui à son tour alait appeler tous ses bureaux, pour mettre les équipes en alerte. Les gars de repos seraient rappelés, les familles renvoyées chez les concurrents ( on n'aime pas trop ces gens la, les confrères...) confrères, tout le matériel disponible serait en route dans quelques instants pour Brest Guipavas. Il appelait ensuite les autres chefs d'autres régions, pour obtenir la même chose (Son chef lui ayant délégué cette tâche, conscient de la difficulté de convaincre des croque-morts de faire de sheures sup...). A chacun, il décrivait les flammes, les corps brisés, déchiquetés, carbonisés, les membres amputés qui jonchaient le sol, la nuit qui clignotait en bleu gyrophares, les hommes désemparés qui courraient en tout sens à la recherche d'un espoir, d'un signe de vie, à l'arrière plan, la carcasse gigantesque de l'appareil transformé en cercueil, et au premier plan, posé sur la pelouse arrosée de kérozéne, un doudou, qui avait appartenu au plus jeune des passagers (il y a toujours un gamin dans les crashs d'avion, vous avez remarqué ? C'est leur faute, z'avaient qu'à pas étre des gosses de riches) , victime expiatoire de la folie des hommes (la folie des hommes, y'a pas, ça marche toujours, comme cliché) dans leur course inexorable au progrès et à la conquéte des cieux malgré la leçon donnée par les Dieux à Icare, enfant qui emporterait avec lui les dernières traces d'innocences de tous ceux qui serait présents sur les lieux, tant est si peu qu'il leur en fusse resté. (Je suis trés fier de ce copier collé, une redondance qui intensifie l'effet dramatique, non ?)
___Il sentait couler sur son visage les larmes et la sueur. Un avion s'était écrasé à Guipavas. (Leitmotiv, ich libe dich für immer !)
___Et Brest défilait, indifférente, (La ville est une femme. Et une sacrée emmerdeuse, si vous voulez mon avis) les dernières lueurs du jour affleurant son architecture austère de ville d'après guerre, (Notez le splendide évitement du mot-cliché "moche" qui vient de suite à l'esprit quand on prle de Brest) dont la beauté n'apparaissait pas à l'oeuil, mais au coeur des Brestoises et des Brestois qui se donnaient la peine de regarder leur ville autrement que commme une suite de rues. L'air marin caressait leurs narines, portant toutes les effluves du monde (et la puanteur du soja depuis le port de commerce), portées la par les océans, mais le monde resterait indifférent au drame vers lequel ils se précipitaint (Ca s'appelle une coquille. Il y en a plein mes articles. Ca renforce le côté artisanal). Rue Jean Jaurés. Place de Strasbourg. Puis la rue de Paris. Enfin, ils se trouvèrent à Coataudon-Tourbian (Note pour couper court à la controverse : c'eût été plus rapide par la voie express, direction Morlaix, mais bon, hein !), ils bifurquèrent vers l'aéroport, et enfin, suivant es (une lettre manque dans le court mot précédent. Saurex vous la retrouver ?) indicatins, ils virent les estafettes garées sur le bord d'un petit chemin de campagne. Avec eux, quelques pompiers. Sans doute le barrage. (En parlant de barrage, je voulais faire un truc avec des castors, mais j'avais la SPA sur le dos)
"Bonsoir, messieurs. Vous avez fait vite !
- Aussi vite qu'on a pu. C'est ou ?
- C'est la".
Le flic montrait un champ, caché par un talus. (Un temps menacés de disparition en Bretagne, les talus ont été réhabilités lorsque les agriculteurs se sont rendus compte de leur utilité protectrice vis à vis du vent assez présent dans le climat Breton)
"Ok, les renforts sont en route. Les pompiers vont ouvrir une voie ? Ou est-ce qu'on va faire la chapelle ardente ? (Je voulai ajouter "le président et le premier ministre arrivent quand ? Mais je n'ai finalement pas souhaité politiser cet article)
- La quoi ? (Faire passer le flic pour un con, juste avant le coup de théâtre final)
- La chapelle ardente ! ... (Un blanc se fit. Monsieur le Doute fit voir le haut de son crâne (que j'imagine aussi hirsute que celui de PUNK80S)) Vous savez, pour les victimes ! (Fallait il mettre un point d'interrogation ou d'exclamation ? J'ai opté pour l'exclamation. Je le regrette, à la reflection)
- Les vic (non, ce n'est pas un discret hommage à "La Boum", je peu pas sacquer Sophie Marceau)... Euh, dites, les gars, on vous a dit quoi, exactement ?
- Ben qu'un avion s'était crashé. C'est pas ça ? (Si. Simplement, le croque-morts n'était pas passionné d'aviation civile, et l'autre a juste pris sa parole pour argent comptant)
- Si, c'est rigoureusement exact. Un Cessna 172 M, je crois (détail purement fictionnel. Le flic s'y connait autant que moi en avions de tourisme, mais moi, j'ai Wikipédia). Quatre places. Mais il n'y avait que le pilote à bord. Il a fait un infarctus et a raté son atterrissage en catastrophe... Hé ! dites, ça va, les gars ? Vous êtes tout pâles... (A leur place, je le serai aussi)"
-----
"Mais, sérieusement, requiem, qu'est ce que vous faites, quand il y a plein de morts d'un coup ?
- La même chose que quand il n'y en a qu'un. Plein de fois." (Quelques fois, on me pose des questions cons...)
Note : cette histoire, comme TOUTES celles de la rubrique "pompes funèbres" de mon blog, est authentique.
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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /2010 00:01
profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Que font les croque-morts en cas de catastrophe ? Ils réagissent avec courage, abnégation et sang-froid, dans la mesure de leurs moyens.
___Voici leur histoire.
___L'appel tomba du poste de police de la rue Colbert à 19 H 45. Réquisition. C'était dans un champ de Guipavas, l'aéroport international de Brest.
___La fille du standard de la police, jeune sans doute, n'avait pas plus de précisions. Un crash d'avion près de Guipavas. C'était la panique, il fallait que les pompes funèbres interviennent. Puis la communication fut coupée.
___"Sans doute une perturbation electromagnétique causée par la carcasse de l'appareil", songea l'assistant qui avait reçu l'appel le plus perturbant de sa vie. Il appela donc son collégue de permanence, l'ambulancier, qui s'installait avec un café dans son fauteuil, en prévision du journal de 20 heures. Celui-ci était loin de se douter que, dans très exactement deux minutes et dix sept secondes, son coeur allait manquer un battement, son mug South Park allait choir sur le sol, brisant son anse et répandant son contenu sur le parquet, que son fauteuil serait violemment propulsé contre le mur lorsqu'il s'en reléverait trop brutalement, et qu'il manquerait de renverser un petit meuble en glissant dans le café récemment répandu, au moment ou une voix familière lui annoncerait un crash d'avion à Brest-Guipavas.
___C'est en pilotage automatique qu'il rejoindrait son collégue, sur les chapeaux de roues, et que tous les deux, dans l'ambulance , traverseraient Brest, en cette heure délicate ou le jour et la nuit se rencontrent et s'échangent de mystérieuses paroles que le zeph' emportera à l'horizon avec la chaleur de la journée. Et ainsi fut fait.
___L'ambulance funèraire traversait la ville à une vitesse prohibée, avec deux croques-morts à bord.
___Le premier, front plissé par la concentration, s'efforcait de penser à la route, uniquement la route, qui défilait sous lui à une vitesse indicible, et aux feux rouges qu'il ignorait, et aux ronds points qu'il traversait à fond de train. Il chassait de son esprit les flammes, les corps brisés, déchiquetés, carbonisés, les membres amputés qui jonchaient le sol, la nuit qui clignotait en bleu gyrophares, les hommes désemparés qui courraient en tout sens à la recherche d'un espoir, d'un signe de vie, à l'arrière plan, la carcasse gigantesque de l'appareil transformé en cercueil, et au premier plan, posé sur la pelouse arrosée de kérozéne, un doudou, qui avait appartenu au plus jeune des passagers, victime expiatoire de la folie des hommes dans leur course inexorable au progrès et à la conquéte des cieux malgré la leçon donnée par les Dieux à Icare, enfant qui emporterait avec lui les dernières traces d'innocences de tous ceux qui serait présents sur les lieux, tant est si peu qu'il leur en fusse resté.
___Il sentait couler sur son visage les larmes et la sueur. Un avion s'était écrasé à Guipavas.
___Le second appelait, appelait sans relâche. D'abord son chef, le directeur de région Bretagne Nord, qui à son tour alait appeler tous ses bureaux, pour mettre les équipes en alerte. Les gars de repos seraient rappelés, les familles renvoyées chez les concurrents confrères, tout le matériel disponible serait en route dans quelques instants pour Brest Guipavas. Il appelait ensuite les autres chefs d'autres régions, pour obtenire le même chose. A chacun, il décrivait les flammes, les corps brisés, déchiquetés, carbonisés, les membres amputés qui jonchaient le sol, la nuit qui clignotait en bleu gyrophares, les hommes désemparés qui courraient en tout sens à la recherche d'un espoir, d'un signe de vie, à l'arrière plan, la carcasse gigantesque de l'appareil transformé en cercueil, et au premier plan, posé sur la pelouse arrosée de kérozéne, un doudou, qui avait appartenu au plus jeune des passagers, victime expiatoire de la folie des hommes dans leur course inexorable au progrès et à la conquéte des cieux malgré la leçon donnée par les Dieux à Icare, enfant qui emporterait avec lui les dernières traces d'innocences de tous ceux qui serait présents sur les lieux, tant est si peu qu'il leur en fusse resté.
___Il sentait couler sur son visage les larmes et la sueur. Un avion s'était écrasé à Guipavas.
___Et Brest défilait, indifférente, les dernières lueurs du jour affleurant son architecture austère de ville d'après guerre, dont la beauté n'apparaissait pas à l'oeuil, mais au coeur des Brestoises et des Brestois qui se donnaient la peine de regarder leur ville autrement que commme une suite de rues. L'air marin caressait leurs narines, portant toutes les effluves du monde, portées la par les océans, mais le monde resterait indifférent au drame vers lequel ils se précipitaint. Rue Jean Jaurés. Place de Strasbourg. Puis la rue de Paris. Enfin, ils se trouvèrent à Coataudon-Tourbian, ils bifurquèrent vers l'aéroport, et enfin, suivant es indicatins, ils virent les estafettes garées sur le bord d'un petit chemin de campagne. Avec eux, quelques pompiers. Sans doute le barrage.
"Bonsoir, messieurs. Vous avez fait vite !
- Aussi vite qu'on a pu. C'est ou ?
- C'est la".
Le flic montrait un champ, caché par un talus.
"Ok, les renforts sont en route. Les pompiers vont ouvrir une voie ? Ou est-ce qu'on va faire la chapelle ardente ?
- La quoi ?
- La chapelle ardente ! ... (Un blanc se fit. Monsieur le Doute fit voir le haut de son crâne) Vous savez, pour les victimes !
- Les vic... Euh, dites, les gars, on vous a dit quoi, exactement ?
- Ben qu'un avion s'était crashé. C'est pas ça ?
- Si, c'est rigoureusement exact. Un Cessna 172 M, je crois. Quatre places. Mais il n'y avait que le pilote à bord. Il a fait un infarctus et a raté son atterrissage en catastrophe... Hé ! dites, ça va, les gars ? Vous êtes tout pâles..."
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"Mais, sérieusement, requiem, qu'est ce que vous faites, quand il y a plein de morts d'un coup ?
- La même chose que quand il n'y en a qu'un. Plein de fois."
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Mardi 16 mars 2010 2 16 /03 /2010 12:00
profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Or donc, le claquement sec d'un coup de feu déchira le silence, et le conseiller vit se mettre en place les indices ténus qui s'étaient présentés devant lui sans qu'il pût les reconnaître.
___Les nièces, plus jeunes, rapides, et au fait de la conformation des lieux, l'avaient précédé dans la chambre de leur oncle. Ainsi, le tableau qui se présenta sous ses yeux était le suivant : l'oncle gisait sur le lit pour sa plus grande part, exception faite de sa cervelle, qui tapissait le mur au dessus de lui. De part et d'autre de son cadavre encore agité de soubresauts, et à demi étendues sur lui, les nièces hurlaient leur douleur devant tant de drames. Dans la main du néo-défunt, encore fumant, le pistolet automatique Beretta 92 F, dont l'une des cartouches de 9mm parabellum était percutée et gisait sur le sol. La pièce sentait le sang et la cordite.
___Le conseiller, ex fusillier commando, vit ces détails s'imprimer dans son esprit, dont les rouages tournaient à toute allure. Ses idées se rejoignirent sur un point : l'arme chargée, et les deux nièces hystériques. La promiscuité de ces éléments lui semblait vraiment nuisible. Alors, il laissa son entraînement reprendre le dessus, prit l'arme, mit la sécurité, fit tomber le chargeur, qu'il glissa dans sa poche, éjecta la cartouche engagée dans le fût, et démonta ensuite le Beretta, dont il laissa les éléments tomber à terre.
___Puis il se dirigea vers le téléphone, et, après un instant d'hésitation sur les gens les plus aptes à l'aider, appela SOS médecins, puis la police.
___Vingt minutes plus tard, l'endroit grouillait de nièces hystériques, de cadavre avec un trou dans la tête, de médecins avec des piqûres de calmants et des certificats de décès, et de flics énervés qui beuglaient "Ne touchez à rien, bordel !". Sans aucun doute le plus beau foutoir que l'ont pu voir en France depuis que Ségoléne Royal n'avait plus de ministère.
___Le conseiller, oublié un temps dans son coin, vit se diriger vers lui un homme dont l'air disait franchement : "Ca me plait pas, d'avoir été tiré du lit à quatre heures et demi du matin, ça me plait pas, ce foutoir, et ça me palît pas, ces civils innocents qui foutent le bordel dans mes investagations. Et merde ! par dessus le marché".
"Bonsoir, m'sieur, dit le flic, ou plutôt bonjour,
- Bonsoir, inspecteur, parce qu'à l'époque, les flics s'apellaient encore inspecteur, et pas lieutenant.
- Dites, vous pouvez peut étre m'expliquer un truc, parce que je ne comprend pas, la...
- Quoi donc ?
- Ben, vous dites que l'oncle s'est suicidé ?
- Oui. Quasiment sous mes yeux.
- Vous avez dit à mon collégue que vous aviez été militaire ?
- Oui.
- Donc, vous connaissez le calibre de ce flingue ?
- Oui, du 9mm para.
- Alors, expliquez moi comment ce type a pu se loger vingt grammes de neuf millimétre para dans la tête, puis se lever, démonter son flingue, en ôter le chargeur, le mettre dans votre poche, et tutti quanti ?
- Mais votre collégue ne vous l'a pas dit ? Je lui ai expliqué, pourtant.
- Si. Mais j'aimerai que vous me le disiez, vous.
- Eh bien c'est simple, la femme était morte subitement, l'homme s'est suicidé, et les deux nièces, déjâ éprouvées par un drame dans leur enfance, en plein délire hystérique, se promenaient à proximité de l'arme. J'ai estimé qu'il y avait eu suffisament de drames comme cela, et j'ai donc pris sur moi de la rendre inutilisable.
- Vous avez estimé.
- Oui.
- Vous avez estimé devoir démonter une pièce à convictions sur le lieu d'un décès par arme à feu.
- Oui.
- D'accord, eh bien moi, je vaius estimer à plusieurs heures le temps qu'il va me falloir pour remplir toute la paperasse, expliquer ça au procureur, etc... Et je suis déjâ fatigué, vous comprenez ?
- Je suis désolé pour vous, mais, en tant que militaire, j'ai pris les mesures qui s'imposaient".
___C'était la phrase à ne surtout pas dire. Celle du militaire expliquant au fonctionnaire ce qu'il fallait faire. La boulette.
"Eh bien , je me permet de vous corriger : vous n'étes plus militaire, dit le flic. En revanche, vous étes en garde à vue à compter de maintenant, pour destruction de preuves, et parce que vous m'axaspérez profondément."
++++
Le croque-morts passa quelques heures dans une cellule sordide, avec les alcooliques, poivrots, et autres ivrognes, avant que le directeur des pompes funèbres ne fut averti, et ne vint le sortir de ce guépier.
___Les deux hommes n'échangérent pas un mot avant d'avoir regagné la voiture. Une fois à l'abri des oreilles indiscrétes, ils eurent l'échange suivant :
"Bon, dit le directeur.
- Bon...
- Heureusement que le commissaire est un ami. Il m'a toutefois recommandé, pour garder la face devant ses hommes, de vous infliger une sanction.
- Je comprend.
- Je vous met donc à pied une semaine. J'étalerai la rétention de salaire sur six mois, pour que ce soit indolore. ca reste entre nous.
- Merci, monsieur.
- Il m'a aussi recommandé de vous augmenter. Je vais y réfléchir.
- ... ?
- Et il m'a fait savoir qu'il sera la ce soir.
- Ce soir ? Mais pourquoi ?
- C'est évident, voyon : une histoire comme la vôtre, vous avez vraiment cru que vous pourriez échapper à la trournée générale ?"
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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /2010 12:00
profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
(Le présent texte a été publié par erreur alors qu'il était inachevé. Désolé à ceux qui l'ont lu)
___Les voies de la logique policière sont parfois impénétrables. Un croque-morts en a fait l'amère expérience. Voici son histoire.
___C'était du temps ou les Croque-morts n'hésitaient pas à venir au milieu de la nuit au domicile des familles endeuillées pour procéder aux "arrangements préparatoires". Une équipe fut appelée au milieu de la nuit pour intervenir sur un décés relativement brutal.
___Le foyer ou s'était produit le drame était un endroit heureux, bien que le malheur l'eusse touché à maint reprises. Les habitants étaient un couple, âgés d'une cinquantaine d'années, qui n'avaient jamais eu d'enfants, mais compensaient ce manque par un amour et une complicité que le temps, loin d'éroder, n'avait fait que renforcer. Avec eux vivaient deux nièces, qu'ils avaient recueillis après que leurs parents aient trouvés, de longues années auparavant, une mort atroce dans un accident de la route : prisonniers de l'épave de leur voiture en feu, ils avaient brûlés vifs sous les yeux des deux fillettes.
___Or donc, l'équipe intervint. A cette époque la, il y avait un conseiller funèraire, un thanatopracteur, et deux agents. L'équipe se présenta donc au domicile, pour constater que la tante était décédée. Atteinte d'une longue maladie, son état s'était brutalement empiré, et elle était morte en quelques heures. Dans la maison, tout le monde était sous le choc. Les filles étaient en larme, et l'oncle ne semblait pas réaliser.
___Le transfert du corps avait été compliqué. Les deux nièces s'étaient accrochées au corps de leur tante, tandis que son époux, debout à côté, balayait la pièce d'un regard à la limite de l'abrutissement, comme si il voyait tout ce qui l'entourait pour la première fois. Malgré l'agitation qui régnait, il était seul avec lui-même.
___Or donc, le corps finit tout de même par étre emmené au funérarium, sur demande du mari, quelque peu redescendu de son petit monde. Le conseiller funèraire resta donc seul au domicile, avec les nièces pleurantes, et le mari de la défunte, qui semblait revenu à lui, arborant désormai un calme surnaturel. Celui qui précéde les tempêtes.
Le conseiller en question était, comme bien d'autres dans cette petite ville côtière de province, un ancien marin. Dans la Marine Nationale, il était fusillier marin, et plus précisément commando. A la quarantaine venue, fatigué de crapahuter à travers le monde, déguisé en buisson, il avait fait valoir ses droits à la retraite, et avait trouvé dans le civil ce boulot de conseiller funèraire. C'était quelqu'un qui savait ce qu'était le danger, s'était trouvé quelques fois suffisament près de la mort pour lui serrer la main, et avais acquis, comme ses camarades, la faculté de garder son sang froid et de réfléchir en cas de situations critiques.
___Ecce homo.
___Assis autour de la table du salon, tous les quatre remplirent donc la paperasse, et prirent part aux arrangements préparatoires. Tout fut choisi, il n'y avait plus, le endemain, qu'à contacter les officiants pour convenir du jour. Pour le réglement, l'époux précisa que "Tout revient aux filles, vous transmettrez la facture au notaire, il vous réglera". Personne ne broncha. Il précisa ensuite que la tante et lui avaient chacun souscrit une assurance vie à leur profit, et qu'elles ne manqueraient de rien. La, l'oreille du conseiler tinta d'un signal d'alarme, mais sans qu'il pût l'identifier précisément. Enfin, il ajouta que, pour ses obsèques à lui, il voulait la même chose. La, les nièces réagirent "mais non, tonton, ne dit pas des choses pareilles", sans qu'il ne semble les entendre.
___Et la rédaction des ultimes papiers s'acheva. L'oncle insista alors pour que le conseiller prît un café. "On vous a fait venir en pleine nuit, monsieur, c'est bien le moins qu'on puisse faire". Et tous se retrouvèrent assis, autour de la table, avec une tasse de café devant eux.
_"Tout est en règle ?" s'enquit l'oncle.
___Le conseiller le lui confirma,
___L'oncle se leva alors, lanccant "pas tut à fait, excusez moi", et partit dans le couloir de l'appartement, sans doute chercher un papier quelconque.
___Le conseiller resta alors seul avec les nièces éplorées, dans un silence seulement entrecoupé de leurs sanglots, devant sa tasse de café fumant, et un coup d'oeil discret à sa montre lui apprit qu'il était quatre heures cinq du matin.
___Le silence fut rompu par un coup de feu.

(La suite demain)
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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /2010 22:05
profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Mardi, par hasard, je me suis retrouvé en chemise et pantalon été, au milieu d'une forêt Lorraine, en pleine nuit, par moins cinq degrés, à attendre que les pompiers nous apportent un groupe electrogéne et des projecteurs. Pour quoi, je vous le raconterai une autre fois. En attendant les soldats du feu, je m'en serai bien fait un petit : j'ai repensé à ma vie, et je suis formel : j'ai jamais eu aussi froid que ce soir la. De loin.
___Bon, bref, disons qu'on était sur un accident sylvicole vraiment très très moche, avec deux collègue, un vétéran et un petit nouveau. Le petit nouveau, nerveux, ne cessait de répéter "C'est mon premier dans cet état la, c'est mon premier...", pour préparer peut être l'auditoire au moment ou il allait tourner de l'oeil. Chose qu'il n'a pas faite. Bravo.
___Le running gag de la soirée, c'est qu'â chaque fois qu'il disait à quelqu'un que c'était son premier, les participants lui répondaient invariablement : "Oh, il y a pire : les trains...".
___Il n'était, bien entendu, pas question de la SNCF en elle même, mais des gens qui se jetaient sur la voir alors qu'un convoi arrivait à pleine allure. A chaque fois, l'auditoire opinait du chef : on était entre nous.
___Qu'une chose soit claire, il y a deux genre de personnes : ceux qui ont ramassé des bouts de cadavre sur cinq cent mètres après une collision, volontaire ou non, avec un train, et les autres.
___Or donc, la conversation dévia sur ce que nous raconta un gendarme. Voici son histoire.
"C'était un suicide. Aucun doute. Le gars avait laissé une lettre, s'était mis debout dans un virage, lâ ou le train ne pouvait pas le voir, et se l'était pris à 200 km/heure dans la tronche. Il y en avait partout.
___Bref, on était au sac-poubelle. On arpentait les voies et les champs avec nos sacs poubelle pour y mettre les morceaux. On a ramassé, puis, au bout d'un moment, comme on ne trouvait plus rien, on a mis tous les sacs dans une housse de corps, et on est rentrés faire la paperasse. Le train est reparti pour l'Allemagne.
___C'était un suicide, aucun doute, et le légiste s'était contenté d'un bref examen et de quelques prélévement, pour chercher les toxiques. La routine. Il avait noté qu'il manquait des bouts, et les avait supposés emportés par les charognards. Il y avait plein de renards, dans le coin.
___Le gars souffrait de dépression, sa femme s'était barrée, il avait perdu son boulot, rien à signaler. La famille réclamait le corps, on avait aucune raison de lui refuser, alors le proc' a signé le permis de crématiser.
___Le gars est parti au four, les cendres ont été mises dans la sépulture de famille, et ses proches rentrérent chez eux, accablés de chagrin et de culpabilité. La routine. Quelques jour après, on recoit un coup de fil de la police Allemande.
___Le collègue parlait Français avec un fort aggzent teuton.
- Ach, ponchour, kollégue ! Qu'il dit.
- Guten tag ! Que puis je faire pour vous ?
- Eh pien, zai eine pobléme, ja, figurez fous qu'on a été appelés zuite à une inzpektion de routine zur eine train a fous, ja ?
- Euh, oui, mais je ne vois pas...
- Fous avez pien un gars qui z'est jeté dessous, ja ?
- Ja, euh, oui !
- Il manquait rien ?
- Peut étre,  on peut pas savoir, il était dans un état !
- Ach ! Definez ? Ze parie qu'il vous manquait un bras !
- Un bras ? Euh, oui, il me semblait bien que j'avais vaguement entendu parler de ça...
- Z'est moi qui l'ai trouvé ! Collé dans un coin, sous le train !
- Merde...
- Ach ! Les Franzais, afec leur focabulaire imagé ! Pon, dites, j'en fais quoi ?
- Euh, je sais pas trop. Il a déjâ été crématisé, je me vois mal annoncer ça à la famille...
- Che comprend. Pon, che vais arranger ça afec le crématorium, on fa faire passer ça pour un déchet d'amputazion, ni fu, ni connu, ja ?
- Ok, collégue, merci.
___Je lui ai envoyé une bouteille de champ. Je pouvais bien faire ça. N'empêche, le maccab', il m'a fait un sacré bras d'honneur. Mais j'allai faire quoi ? Lui coller un outrage à titre posthume ?"bandeau_requiem29.jpg
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Mardi 9 mars 2010 2 09 /03 /2010 16:00
profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Il arrive parfois que les croques morts oublient un truc, mais quoi ?
___Voici leur histoire.
___Un vieux monsieur avait souscrit un contrat obsèques. Ce monsieur était seul, sans aucune famille, ni d'amis qui lui aient survécu, assez fortuné, et il avait pris ses dispositions pour que son corps, après son trépas, soit exposé dans son très luxueux cercueil, ouvert, dans l'appartement dont il rêvait étant jeune, et qu'il s'était offert, plus âgé, à force de labeur.
___Or donc, vint son trépas. L'aide à domicile, dont c'était le deuxième jour, trouva le corps déjâ presque froid de Monsieur, assis dans son fauteuil de cuir marron, prés de l'âtre ou les cendres tiédissent, "Salambo" ouvert sur ses genoux. Une mort discrète, propre et distinguée, digne d'un gentleman.
___L'aide à domicile, pestant sur ce poste si tôt perdu, appela un médecin, qui, venant constater le décès, contacta à son tour la société de pompes funèbres dont le numéro figurait, bien visible, près du combiné téléphonique.
___Il semble utile de préciser qu'on était samedi, et que déjà l'après-midi regardait l'heure et attendait le début de soirée, qui devait prendre la reléve.
___L'appel parvint à un assistant funèraire professionnel mais inexpérimenté, qui sortit le contrat, passa l'appel à son centre logistique pour préparer le cercueil et faire la mise en bière, remplit les papiers, regarda sa montre, enfila son manteau, et, regagnant le garage ou il stationnait son véhicule, glissa, chuta lourdement, et se fit une double fracture de la jambe. Ouverte, évidemment, sinon ce ne serait pas drôle.
___Ignorant ces faits, une équipe prépara le cercueil, se rendit au domicile, et procéda à la toilette, puis à la mise en bière. Enfin, satisfaits du travail accompli, ils quittèrent le domicile, passèrent au bureau déposer la clef, puisque c'est ce qui avait été convenu avec l'aide à domicile, et s'en retournèrent bosser.
___Il est également important de signaler que, ce week-end la, les gens tombaient comme des mouches.
___Puis les choses suivirent leur cours. L'assistant funèraire fut opéré, et autorisé à regagner son domicile pour une longue convalescence. Les jours succédérent aux nuits, les journées de labeur aux journées de labeur, le dépôt envoya le bon de commande du cercueil au bureau, qui le factura à l'organisme qui gérait l'argent du contrat obsèques, la succession de Monsieur arriva sur le bureau du notaire, oû il dormirait des mois avant d'ètre ouvert.
___Et tout fut bien.
___Quelques semaines plus tard, les occupants de l'immeuble de Monsieur appelérent leur syndic. Des odeurs nauséabondes avaient envahi les communs, puis les logements particuliers, et semblaient provenir de l'appartement inoccupé. Le syndic fit le déplacement devant l'insistance de ses administrés, constata, se dit qu'il devait avoir affaire à une variante originale du dégât des eaux, qui avait fait moisir des choses dans l'appartement, et il appela les pompiers pour défoncer la porte.
___A l'intérieur du logis cossu, l'odeur était abominable.
___On entrait par un petit vestibule, ou s'ouvraient à gauche la cuisine, en face un long couloir qui désservait les différentes pièces, et à droite, le séjour.
___C'est la que, sur ses tréteaux, reposait Monsieur, couvert de vers et de parasites, confortablement installé dans son cercueil ouvert, oublié de tous.
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Vendredi 26 février 2010 5 26 /02 /2010 00:01

profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Parfois, dans le cadre de leur métier, les croque-morts atteignent les limites de ce qu'ils peuvent supporter humainement.
___Voici leur histoire.
___C'était comme si c'était hier. On avait un boulot simple à faire.
___Laissez moi tout d'abord vous parler de Laurent. C'était un gars bien. Il l'est certainement toujours, d'ailleurs, je n'ai plus trop de nouvelles. Il bossait dans les pompes à temps partiel, en attendant que son affaire de dressage de chiens marche assez pour lui permettre de gagner sa vie. Et je n'ai jamais vu un gars avec un tel sang-froid. Lors de sa première réquisition, nous étions tombés sur un corps pourri, grouillant de vers et de vermine, en plein été. Du quatrième étage, on sentait l'odeur depuis l'extérieur, sur le gazon. J'étais constamment obligé d'aller à la fenêtre ou de sniffer du baume du dragon, un truc chinois très, très fort. Et Laurent, qui n'en avait jamais vu des comme ça avant, se montrait bien plus calme et pro que moi. Il ne bronchait pas au moment d'empoigner le corps pour le mettre dans la housse, il réfléchissait sans problème au milieu de la puanteur  irrespirable, trouva d'ailleurs la solution la plus ergonomique, et poussa même la conscience professionnelle jusqu'à attendre d'avoir rangé le corps dans la case réfrigérée à la morgue avant d'aller, calmement, aux toilettes pour vomir.
___J'avais pas gerbé, mais j'étais quand même bluffé. Ce gars avait du cran.
___Il le montrait tous les jours, mine de rien, en menant de front son job et sa société, et en élevant sa fille, un petit bout de chou de cinq ans, dont il avait obtenu la garde après son divorce.
___Ecce homo.
___Donc, le boulot était simple : mettre T... dans son cercueil, et l'emmener au crématorium. Ses parents et sa soeur seraient certainement la.
___T... avait quatre ans. Entré dans une clinique pour un bras cassé, alors que lui et ses parents et sa grande soeur étaient en vacances, il avait attrapé une maladie nosocomiale, qui avait eu raison de ses jeunes défenses immunitaires en quelques jours. Il était mort à l'hôpital, entouré de ses parents et de sa soeur qui voulaient juste passer de bonnes vacances en Bretagne, tous les quatre.
___J'étais le maître de cérémonies attitré pour ce genre de sale besogne, le seul de la boîte à ne pas avoir d'enfants, et le seul de l'équipe à avoir réussi à enlever froidement un bébé mort des bras de sa mère hurlante pour le placer dans son cercueil, parce qu'il était l'heure. J'en suis pas fier.
___Quand j'avais briefé Laurent sur le job, j'avais remarqué qu'il s'était renfermé. Sur la route, il était tendu et peu loquace, et je pensai "Tiens, t'as un point faible, finalement ?". Ça ne l'en rendait que plus sympathique.
___On est arrivés en avance à la morgue de l'hôpital. Comme d'habitude, la tournée avait commencé par l'équipe de la partie technique, les agents d'amphi, des vétérans qui nous avaient gentiment vannés, mais pas trop : l'ambiance était lourde, ils ne nous enviaient pas pour le sale moment qu'on allait passer. Ils avaient vérifié la paperasse, on avait bu le café, puis d'un coup, ce fut l'heure.
___On est rentrés dans la petite salle. Sur un lit réfrigéré, le petit reposait, pâle, un ours en peluche, sans doute son doudou, dans les bras. Ses parents étaient la, calmes tous les deux. La petite soeur, entre eux, ne comprenait pas trop bien ce qui se passait.
___"Ils sont shootés aux cachetons, 'tain, le toubib les a chargés", subodorais-je. Je cherchai leur regard. La mère fixait son fils, mais je trouvai celui du père. D'accord, donc c'était lui qui allait agir, et c'est la mère qu'il faudrait surveiller, classique. J'expliquai aux parents le déroulement des opérations, et les deux acquiescèrent, lui en me regardant franchement, et elle sans dévier son regard du petit corps.
___Puis je compris la raison de leur calme surnaturel.
___La mère prit la main de l'enfant, et le père, se penchant vers lui, lui expliqua.
___"Tu vois, le monsieur va te mettre dans ton petit château de bois. Puis il va fermer le couvercle. Il va faire noir, mais ne t'inquiète pas, on sera à côté tout le temps, et puis après, les anges vont venir te chercher pour t'emmener dans un endroit merveilleux."
___Ils étaient dans le déni total. Leur discours, mélange de vie et de mort, s'adressait à un petit garçon vivant, ce n'était pas celui de parents en deuil. Je me dis que, quand ils tomberaient, ce serait de haut, ce serait brutal, et j'adressai une petite prière à un Dieu hypothétique pour qu'ils soient soutenus à ce moment-la.
___Un drôle de bruit me parvint. Laurent, devenu tout pâle lorsqu'il avait vu le corps du petit, luttait manifestement pour garder son contrôle. Il avait vu les mêmes choses que moi, en avait tiré les mêmes conclusions, et à présent, il était à leur place. Il souffrait pour eux, il se croyait eux.
___Il fallait arrêter ça, avant qu'il ne craque et que cette petite pièce se transforme en grand cirque. Je fis alors la seule chose qui me vint à l'esprit.
___"Tu sors. Tout de suite." Murmuré, mais il avait clairement entendu.
___Puis j'ai croisé son regard. Je ne savais pas ce que j'allai y trouver : colère, surprise, indignation, mais, au final, quelle que soit l'hypothèse que j'aurai retenue, je me serai trompé : jamais je n'avais vu quelqu'un me regarder avec autant de gratitude. Puis il sortit, sans un regard au corps ni à la douleur des parents, comme seuls les croque-morts savent le faire.

___La mère, puis le père, vinrent déposer un baiser sur la joue de leur fils. Puis la mère se tourna vers sa fille, et fit d'une voit douce :

___"Vas dire au revoir à ton petit frère".

___Et la petite s'exécuta. Elle se recula ensuite d'un pas, et leva vers moi un regard plen de questions.

___La partition avancait, c'était mon solo.

___Je pris le petit corps, et le placai dans le petit cercueil ouvert. Puis je me reculai pour leur laisser un instant. C'est le père qui prit le doudou et l'installa dans les bras du petit. Le silence se fit. Il ne fut troublé que par le bruit de la porte, ouverte un instant pour laisser place à Laurent. Il sentait la cigarette. Il avait retrouvé son calme. Je me relachai un peu : c'était bien d'avoir un collégue en appui.

___Et, tempus edax, enfui trop vite, le temps fut venu de fermer. Sur un signe convenu, Laurent prit le couvercle et le posa, placant la vis de tête, tandis que je m'occupai de celle des pieds. Enfin, je commencai à visser, tandis que mon collége placait les vis tout autour du cercueil, et passait après moi lorsque j'avais fini pour mettre les cache-vis. Enfin, ça, c'était la théorie. En pratique, le père du petit me prit doucement le tourne vis des mains. "Vous permettez ?". Oui, je permettais. J'avais le choix ? Et il ferma chaque vis, sous le regard de sa femme, qui tenait sa fille contre elle.

___Puis nous chargeâmes le petit cercueil dans le corbillard, sous le regard de son père, sa mère, sa soeur, et quelque chose me disait qu'ils commencaient à comprendre. Pourvu qu'ils me laissent assez de temps pour m'éloigner d'eux de quelques milliers de kilométres.

___Puis nous arrivâmes au crématorium. Le cercueil fut déchargé, installé, la cérémonie se déroula, le cercueil partit de nouveau, vers la salle de crémation, cette fois ci, et enfin, T... plongea dans l'enfer qui devrait le réduire en cendres, et nous pûmes partir. On est revenu au dépôt; on a rangé le corbillard. Laurent s'est proposé pour le nettoyer.

___Je suis allé dans la contre-allée, pour me griller une Winston au grand air.
___Je l'ai finie, écrasée, me suis essuyé les yeux du revers de la manche, puis je suis retourné lui donner un coup de main.

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Jeudi 25 février 2010 4 25 /02 /2010 21:06
profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Il faut parfois savoir reconnaitre un echec. En l'occurrence, j'ai pris une veste (voir article d'hier). Voici donc l'article réservé aux abonnés, qui ne l'est plus.
___Il se trouve, dans certains funérariums, des hôtesses d'accueil. La nôtre, qui se prénomme Marie, a une petite vingtaine d'années, un caractère bien trempé, beaucoup de sang froid et surtout un très grand sens de l'humour.
___Alors que nous avions une discussion banale (elle m'expliquait à quel point mon blog est génial, faisant de la peine à mon immense modestie), je lui tint à peu près ces propos : "Tiens, mais au fait, tu dois avoir quelques bonnes histoires à raconter, non ?
_- Tu rigoles ? J'en ai des tas !", me rétorqua-t-elle, suscitant mon impatience.
___Malheureusement, ceci se déroulait en fin de journée, elle devait prendre son bus, et moi, j'avais une tonne de paperasse à remplir, avant d'aller, pendant quelques jours, faire un remplacement dans une agence extérieure. Nous convîmes donc de déjeuner ensemble la semaine prochaine, afin que je recueillisses ses précieuse anecdotes, dont certaines contribueront peut être à mon Nobel.
___Fort heureusement, elle eut le temps de m'en raconter deux très brèves. Les voici.



Albert.

___Albert était un pensionnaire fidèle. Il arrive que certains locataires restent longtemps dans les frigos des morgues, celui que j'ai fréquenté le plus longtemps nous est resté dix neuf mois, par moins cinq degrés. Ca m'a quand même pris deux heures pour tout nettoyer après, affreux... Enfin, souvenirs, souvenirs...
___Bref. Albert ne devait pas particulièrement aimer la compagnie des vivants, puisqu'il avait décidé de se passer un morceau de corde autour du cou. Il était à la morgue du funérarium de puis treize mois, et la mairie s'était enfin décidée à l'enterrer comme indigent, lorsque, miraculeusement, au moment ou on lui demandait de rédiger le P.V final, le policier en charge du dossier trouva de la famille, et lui expliqua ou se trouvait son défunt.
___Marie les vit donc se pointer. Elle savait d'expérience que les gens réagissent de manière différente, et parfois curieuse, au deuil, aussi ne fut elle pas surprise de voir qu'ils semblaient plutôt furieux. Certains considèrent, après tout, que la mort n'existe que parce que les croque-morts veulent profiter de la douleur des gens.
___Mais, très certainement, elle n'escomptait pas la réaction qu'elle obtînt.
_"QUOI ? IL FAUT PAYER POUR CE CONNARD ?! Mais putain de merde ! Ca fait combien de temps qu'il est ici ? QUOI ? Un an ! Et il croit que je vais lui payer un an à se la couler douce ! Et il s'est suicidé, en plus, cet enculé de bâtard de fils de pute ?! Que dalle, je paierai rien ! Je me casse, j'en ai marre de vos conneries".
___La dame qui accompagnait le monsieur au langage si fleuri, maquillée comme une péripatéticienne, habillée comme une pute, expliqua à l'hôtesse médusée : "Faut excuser mon frangin, mais on pouvait pas blairer notre connard de père. Il avait un balai dans le cul, le vieux, il faisait les trois-huit à l'usine, et il allait bosser chez un maraîcher le week-end, mais jamais il nous filait un radis, notre argent de poche, pas plus, parce qu'il économisait pour nous payer des études. Des études ! Alors que nous, on aurait voulu des mobylettes, des trucs de jeunes, quoi, pas des études à la con. Vous voyez le genre de connard ? Mon frangin et moi, on est au chomedu, alors vous voyez, les études, ça aurait servi à quoi ? Heureusement, ma mère lui a tout pris quand elle s'est barrée, à cet enfoiré, mais on a rien pu récupérer, parce qu'elle a tout bu, cette salope. C'est ça qui l'a mené dans la tombe. Enfin, paix à ses cendres, comme on dit. Bon, pour papa, on va faire comme pour elle et notre autre frangin, on va aller à la mairie expliquer qu'on a pas une thune, et il va aller à la fosse commune. Ca ou autre chose, hein, de toute façon il est mort, et ça c'est pas un mal."
___Ainsi fut fait, et Albert disparu de ma mémoire de ses enfants. Mais pas de celle de Marie, qui ne s'est, à ce jour, remise de son choc.



Renée.

___Ainsi, Renée mourut, seule, dans sa maison de retraite. Elle avait fait un testament obsèques, qui stipulait que son corps serait transféré au funérarium ou officiait Marie. Et personne ne vint la voir. Personne ?
___Si, une fois. Son neveu.
___Il alla trouver Marie. Lui expliqua, après avoir décliné son identité, qu'il voulait récupérer sa bague. Celle en or, avec les diamants. Marie lui expliqua qu'elle la portait depuis des années, qu'il serait sans doute difficile de la lui retirer, et que la vieille dame aurait peut ètre souhaiter l'emmener avec elle. Réponse :
_"Je m'en fiche. Je veux cette bague. Coupez lui le doigt, si il faut."
___Je vous la fait courte. Nous parvîmes à la retirer, à grand renfort de savon et massages.
___Une fois son "bien" récupéré, le neveu s'est tourné vers Marie.
_"Vous connaissez un endroit ou je peu vendre ce truc ?"
___Elle n'a pas su lui répondre. On ne sait pas si il a trouvé. Il n'est pas venu à l'enterrement. 
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 09:30
111111111111111111111profilok.jpgFélicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Je vous narrait il y a peu les mésaventures d'un croque-morts confronté au magnétisme animal. L'histoire appelait une suite. La voilâ.
...
___Résumé de l'épisode précédent : un innocent croque-morts recoit la visite d'une famille, composé de trois dames très très riches, qui souhaitent procéder à des obsèques pour leur chien, un Yorkshire avec pedigree nommé Wouf-Wouf. Ce dernier reposera dans un cercueil scellé près du chevet de sa maîtresse jusqu'au décès de cette dernière.
___Ayant reçu l'aval et les moqueries de ses chefs, le professionnel des pompes funèbres s'appréte à sceller la vente.

york
___Ainsi fut fait.
___Ces dames choisirent un cercueil laqué blanc qui était utilisé pour les jeunes enfants, dans lequel ils firent disposer un cercueil en zinc hermétique muni d'un filtre à air, et un capiton de satin blanc, un linceul, un petit oreiller, et les initiales brodées en lettres d'or WW. Sur son couvercle, une plaque, indiquant "Wouf-Wouf  1991 - 2008", ladite plaque n'étant pas assez grande pour y inscrire le pedigree complet. Un petit crucifix était également prévu. A ce moment la, le croque-morts se demanda si le cabot avait reçu l'extrême-onction et quels genre de péchés il avait bien pu confesser. Le cercueil serait livré en corbillard par un maître de cérémonies, qui procéderait à la mise en bière, au scellement du cercueil hermétique, et à un recueillement pour la famille.
___Rendez-vous fut pris pour le lendemain, d'urgence, décision prise par le croque-morts lorsque la famille demanda si il ne serait pas plus prudent de procéder à des soins de conservation. Mieux vaut un chef hilare qu'un thanatopracteur persuadé qu'on se fout de sa gueule.
___Ce qui avait rendu les choses si simples et rapides, c'était surtout la totale absence de démarches administratives. Le croque-morts se demandait toutefois si il n'aurait pas dû prévenir les autorités. Le jour de l'enterrement de la dame, on pourrait poser des questions gênantes sur le second cercueil qui serait descendu en terre.
___Le croque-morts songea un instant à la tête du policier chargé de la pose des scellés sur les cercueils lorsqu'on lui demanderait de venir pour un chien, à celle de la responsable de l'état-civil de la mairie quand on lui demanderait le prix de la taxe d'inhumation, et préféra s'abstenir. Quand le jour viendrai, il se retirerait dans un monastère au Tibet, pour éviter qu'on ne le retrouve.
___La dame paya, ajouta une commande de plusieurs centaines d'euros de fleurs fraîches, et partit dignement, soutenue par ses filles dévouées et tout aussi éplorées.
...
___Le lendemain. Domicile de la maîtresse du chien. 14H30. Temps clair, ciel dégagé, ormis quelques nuages de traîne, l'on avait déploré quelques averses de pluie au matin, mais le temps avait tourné au beau.
___Le croque-morts n'avait pas pu résister à l'envie d'assister à la mise en bière de Wouf-Wouf. Avec lui, un chauffeur-porteur, qui avait été choisi parmis les anciens pour son expérience et son côté pince-sans-rire. Un fou rire irrepressible eut été, en effet, du plus mauvais aloi.
___La porte s'ouvrit, derrière elle se trouvaient les trois femmes. Faisant fi de leur habituelle excentricité, elles s'étaient vêtues de noir, afin de marquer le coup.
___Les deux croques-morts furent introduits dans une immense entrée, puis, traversant une immense salle à manger, dans un salon cossu et feutré, au centre duquel, sur un guéridon, était disposé le panier de Wouf-Wouf. Des relents putrides commencaient déjâ à flotter dans l'atmosphére.
_"Je lui ai fait sa toilette et son habillage moi-même, précisa la maîtresse."
___En guise d'habillage, Wouf-Wouf portait un collier et un petit manteau pour chiens ridicule. Tout autour gisaient ses jouets, et, un peu plus loin, sur une table basse, un petit autel était préparé, décoré de clichés de Wouf-Wouf et de ses maîtresses, photographies figées d'un bonheur enfui. Le croque-morts se demanda s'il ne fallait pas prévenir l'asile d'aliénés. un coup d'oeil à son collègue lui apprit que ce dernier se mordait violemment l'intérieur des joues, se concentrant sur la douleur pour ne pas exploser de rire.
___C'est avec la solennité qui s'impose que le porteur amena le cercueil, l'ouvrit, puis que les deux croque-morts le préparèrent. Le porteur enfila alors des gants, prit le petit chien, l'installa dans la boîte, tête sur l'oreiller, le recouvrit du linceul, et, ayant fini, fit un discret signe au maître de cérémonies. Celui-ci annonca qu'ils allaient se retirer, afin de laisser les proches se recueillir, avant de revenir procéder à la fermeture.
___Ils sortirent. Attendirent. Evitèrent par dessus tout de se regarder. L'apoplexie n'était pas loin.
___Le soleil poursuivai, imperturbable, sa course dans l'azur immaculé.
___Puis vint l'heure de la fermeture.
___Les deux hommes revinrent donc dans la salle. Le maître de cérémonies annonca la fermeture. La maîtresse, en larmes, se rua alors sur le cercueil. Elle couvrit son clébard de baisers et de caresses, tandis que, derrière elle, ses deux rejetons gémissaient en se tordant les mains, en un paroxysme qui eut laissé la pleureuse professionelle la plus expérimentée pantoise.
___Puis les filles empoignèrent leur mère chacune par un bras, reculèrent et firent un signe d'acquiescement aux deux croque-morts écarlates qui bénissaient la pénombre.
___Les deux agents s'affairérent alors autour de la petit boîte, recouvrant le visage... Euh, la truffe avec le linceul, repliant par dessus les volants du capiton, puis posant le couvercle en commencant à coller. A ce moment d'intensité, l'on se serait cru dans une salle de cinéma projetant "Titanic" remplie d'adolescentes prépubères au moment ou Di Caprio meurt (je m'excuse auprès de nos amis extra-terrestres qui n'auraient pas vu "Titanic" et auquels je viens de raconter la fin. Ou presque. En fait, c'est Kate Winslet qui a le diamant, à la fin elle le jette à l'eau et après elle meurt et elle rejoint Di Caprio dans le Titanic, sauf qu'il a un beau costume et tout le monde applaudit. C'est aussi gnangnan qu'"Avatar"). Bon, bref, elles pleuraient beaucoup.
___Coller ? Me direz vous. Eh bien oui, le cercueil en bois (laqué Blanc) était muni, comme l'auront compris ceux qui suivent, d'un cercueil en zinc glissé à l'intérieur. Et la colle spéciale, une fois prète (un mélange entre deux réactifs) demandait une certaine promptitude. D'ailleurs, l'odeur chimique très prononcée fit fuir la famille.
___La fin, je vous la fait bréve. Une fois le cercueil hermétiquement fermé, le couvercle en bois posé et vissé, le porteur le prit. Les deux croques-morts se rendirent alors, en procession, suivis de la famille, dans la chambre de la maîtresse. La, ils virent deux petits tréteaux, posés tout près du lit. A la place, en fait, ou aurait dû se trouver le chevet.
___La mamie s'avanca alors, et après avoir murmuré un dernier "au revoir Wouf-Wouf", elle posa sur le cercueil un napperon, sa lampe de chevet, un petit crucifix et une photo en noir et blanc de son défunt mari.
___Enfin, les deux compères prirent congé.
___En sortant, la mamie glissa discrètement un billet de cinquante euros en pourboire. Sa gratitude était si grande et sa peine si réelle, qu'un instant les deux croques-morts culpabilisérent de s'étre moqués. Un instant.
___La plus âgée des filles dit alors, en guise de conclusion :
_"C'était trés bien, merci, messieurs. On n'hésitera pas à faire appel à vous le jour ou il arrivera malheur à Miaou-Miaou".
Chaton 4
PS : Je rapelle à tous ceux qui passeraient sans connaître mon blog, que toutes les histoires de pompes funèbres racontées ici, sont soit vécues par moi, soit vécues par des collègues que je connais, et vérifiées par mes soins, et, quoique légérement romancées, garanties authentiques.bandeau_requiem29.jpg
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Vendredi 19 février 2010 5 19 /02 /2010 09:30
111111111111111111111profilok.jpgFélicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Lorsqu'ils vivent ensemble depuis des années, animaux et humains peuvent développer un mimétisme assez stupéfiant. Certains pratiquants l'anthropocentrisme avec un bonheur rarement égalé.
___Voici leur histoire.
___Or donc, en cette délicate matinée printanière ou la fraîcheur n'était que le prémices d'une chaleur agréable sans être étouffante, trois véhicules automobiles de marque Allemande aux prestations cossues vinrent se stationner devant l'agence des pompes funèbres.
___Le croque-morts qui buvait tranquillement son café, tout en parcourant le journal, se fit la réflexion que l'argent ne manquait pas dans cette famille. Il s'agissait en effet de trois femmes à la ressemblance très marquée, l'une, plus âgée, devant être la mère des deux autres. Toutes trois étaient manifestement habillées par un couturier, des vêtements qui proclamaient qu'elles n'avaient manifestement pas besoin de travailler, mais qu'elles souhaitaient manifester leur indépendance d'esprit par rapport à la bourgeoisie à laquelle elles appartenaient. pour simplifier, c'étaient des bobos. La rebelle de la famille se remarquait à ceci que sa voiture était un cabriolet BMW M3, tandis que sa mère et sa soeur roulaient sagement en Mercedes. Coupé CLK pour la fille, Classe E pour la mère.
___Leur esthéticienne devait avoir obtenu un diplôme de peinture en bâtiment, avant que sa mère ne réussisse à la convaincre d'adopter un métier sûrement plus féminin, selon ses critères. Toutes marquaient un âge avancé combattu avec la même ferveur déséspérée, bonne cinquantaine pour les filles, environ quatre-vingt pour ma mère.
___Et toutes trois arboraient le masque de douleur d'un deuil profond.
___Puis elles entrèrent dans l'agence.
___Le croque-morts les accueillit, les installa dans le salon de reception des famille, puis, aprés s'étre assuré de leur bien-être, s'enquit des raisons exactes de leur venue. La trgédie qui suit mériterait d'étre interprétée au théâtre. Par la comédie Française (qui, contrairement à son nom, n'a pas grand-chose de drôle).

_LE CROQUE-MORTS : Que puis-je pour vous, Mesdames.
_LA MERE ET LES FILLES : Ouin ! Ouin !
_LE CROQUE-MORTS : Je comprend, mesdames. Prenez votre temps. Nous allons faire en sorte ensemble de rendre à votre défunt l'hommage qu'il mérite.
_LA MERE : Oui, Monsieur, je compte su vous (sanglots déchirants)
_LE CROQUE-MORTS : Avant toute chose, j'aurai besoin de prendre quelques renseignements d'état-civil, ceci en vue des démarches. Excusez moi par avance si ces questions vous semblent abruptes. Comment se nommait le défunt, s'il vous plait.
_LA MERE ET LES FILLES, en choeur : Wouf-Wouf. (sanglots susceptibles d'inspirer des sentiments humains même à un robot)
_LE CROQUE-MORTS : Je comprend, Mesdames, prenez votre temps.
(Un blanc)
_LA PREMIERE FILLE (celle à la Mercedes) : Que souhaitiez vous savoir d'autre ?
_LE CROQUE-MORTS : Eh bien, son nom, dans un premier temps.
_LA DEUXIEME FILLE (miss BMW M3) : On vous l'a dit !
_LA PREMIERE FILLE : C'est Wouf-Wouf !
_LA MERE : Mon pauvre Wouf-Wouf !
_LE CROQUE-MORTS (interloqué) : Wouf-Wouf ? Euh... Et, si je puis me permettre, quel était votre lien de parenté avec ce Monsieur Wouf ?
_LA MERE : C'était mon fidèlme compagnon, mon petit chien, mon Wouf-Wouf adoré !
_LA SECONDE FILLE : un Yorkshire.
_LA PREMIERE FILLE : Avec un magnifique pédigree.
_LE CROQUE-MORTS : ...
_LA MERE ET LES DEUX FILLES : ... ?
_LE CROQUE-MORTS : D'accord. Et vous souhaitiez quoi, au niveau des volontés essentielles ?
_LA MERE : Je voudrai, pour mon Wouf-Wouf, un beau cercueil, laqué blanc, dans lequel il pourrait reposer, près de moi, jusqu'au jour ou je partirai...
_LES FILLES, en choeur : Non, maman, ne dit pas ça !
_LA MERE : Si, mes petites filles adorées, un jour je partirai, c'est ainsi, et il faudra que vous appreniez à vous débrouiller sans moi. Bref, son cercueil reposera sur des tréteaux près de mon lit, ainsi il dormira près de moi, comme il avait l'habitude de le faire. Vous pouvez rendre un cerueil étanche, non ?
_LE CROQUE-MORTS : Un hermétique ? Oui, bien sûr... Donc, je récapitule : vous voulez un cercueil pour votre chien...
_LA MERE : Oui.
_LE CROQUE-MORTS : Blanc laqué.
_LA MERE : Oui.
_LE CROQUE-MORTS : Qui sera déposé près de votre lit...
_LA MERE : Oui. Et il sera enterré avec moi quand je mourrai. D'ailleurs, je vous reviendrai vous voir pour faire un testament obsèques en ce sens.
_LE CROQUE-MORTS : Mais, et pour la livraison, la mise en bière, il faudra un corbillard, et du personnel !
_LA MERE : Evidemment ! Je veux tout ça. Ne vous en faites pas pour le budget, ce n'est pas un problème. Et je paie d'avance. Vous prenez l'Amex ?
_LE CROQUE-MORTS : Euh... On n'est pas équpé pour...
_LA MERE : Aucune importance. J'ai une autre carte bleue. Ne vous inquiétez pas : la mienne n'est pas plafonnée.
_LE CROQUE-MORTS : Il faut que je passe un appel, pour la logistique. Je vous laisse un petit unstant, Mesdames.
...
___Dans le bureau, par téléphone, le croque-morts explique la situation à son chef.
_LE CHEF : Donc, elle veut des obsèques pour son chien ?
_LE CROQUE-MORTS : Oui.
_LE CHEF : Elle paie d'avance ?
_LE CROQUE-MORTS : Oui.
_LE CHEF : Et elle revient te faire un contrat obsèques ?
_LE CROQUE-MORTS : Oui.
_LE CHEF : Bouge pas, j'apelle l'avocat.
___Le croque-morts attend en préparant, sur son ordinateur, un devis détaillé. Le chef le rapelle quelques minutes plus tard, hilare.
_LE CHEF : Bon, fonce. Tout ce qu'elle veut, tu vends. Il n'y a rien d'illégal. Tout ce qui craint, c'est ta réputation. Mais je connais ta conscience professionelle : tu ne laisseras jamais tomber une famille qui traverse une telle épreuve. Bon, allez, bon courage, hein !
___Le croque-morts raccroche, affligé : aucun doute, il les entendait au fond, ses collègues du bureau central n'ont pas perdu une miette de la conversation. C'est le coeur lourd et le devis en main qu'il se léve et se dirige vers le deuxième épisode.

(demain, suite et fin)
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Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /2010 00:01
111111111111111111111profilok.jpgFélicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Or donc, il advint qu'une paire de croque-morts fut appelés par la police pour un décès en un lieu incongru, et en revinrent ivres de parfums capiteux et d'images malséantes.
___Voici leur histoire :
___C'était un vendredi soir, veille d'un samedi 14, que le téléphone de permanence sonna. ___A l'appareil, l'assistant qui était de permanence avec Henry, un vieux croque-morts, à qui l'on ne la faisait plus. La police requérait les services du "Service extérieur des pompes funèbres", c'est les copains et moi, ça, hein, pour ceux qui ne me connaissent pas, afin d'enlever un défunt d'un endroit, dont ils indiquèrent l'adresse, pour le ranger proprement dans un autre, à savoir un tiroir de la morgue.
___Cheminant, Henry se dit que l'adresse lui évoquait quelque chose, mais quoi ?
___"Certainement pas un lieu de connaissance", se disait il, lui qui connaissait tout et tout le monde à cinquante kilomètres à la ronde. Enfin rendu, il constata que l'endroit, bien que connu, n'était pas de ceux qu'il fréquentait, en effet : la principale boîte échangiste des environs. Un haut lieu des rendez vous libertin, qui devait sa tranquillité au fait que, dans ce coin perdu de la Bretagne profonde, les prudes et très catholiques riverains n'avaient pas compris ce qui s'y passait.
___Et ce qui s'y était passé, ce soir, était limpide : une jeune et accorte donzelle y avait rencontré, quelques temps auparavant, un vieillard cacochyme dont elle avait fait son époux, par amour pur et sans aucune considération pour la fortune considérable qui était celle du pépé, ce qui est beau, non ? Et l'y entraînait régulièrement afin qu'elle pût se livrer à des acrobaties adéquates à sa condition physique parfaite et son appétit démesuré sur de jeunes hommes et femmes au physique parfait, sans se rendre compte que son légitime époux, s'efforçant de suivre, s'épuisait, gavé de pilules bleues, afin de ne pas perdre la face, en de jeunes donzelles toujours avides d'expériences.
___Et ce soir, précisément, les pilules bleues, trop d'exercice et une forte dose de champagne avaient terrassé le vieillard déjâ subclaquant. C'est ce dont se rendirent compte Henry et son acolyte.
___"Oh bordel !", jura ce dernier.
___"Au bordel, tout juste", conclut Henry, qui s'était ressaisi et déballait déjâ son plastique, non pas le fin aux goûts exotiques qui recouvraient des virilités même pas refroidies par l'incident, mais le grand épais opaque blanc dans lequel on emballait les cadavres.
___Le défunt avait été emmené en quelque alcôve discréte, à part de la piste de danse sur laquelle des silhouettes anonymes, floutées par la lumière des projecteurs, se frottaient dans un jeu moite, sensuel et impudique, provoquant la libération de rivières de fluides dot l'abondante présence favorisera les plaisirs à venir dont l'imagination et la variété ainsi exhibés ne seront que les prémices de vices plus grands encore et ...
...
Pause, j'ai besoin d'une douche glacée.
(L'auteur interpréte son propre rôle dans cet interlude)
(Bruits d'eau qui s'écoule)
"Brrr, fait pas chaud ce soir..."
(Bruit de vétements ôtés dans des gestes frénétiques et jetés au sol et d'un homme qui se jette sous la douche)
"Nyyyyyaaaaaarrrrkkkk ! Putain ça caille bordel de merde !"
(Bruit d'un requiem tout bleu mais calmé qui sort de sa douche)
...
Oui, ça va mieux, merci
...
___Ou en étais-je ? Ah, oui.
___Donc, le cadavre avait éte planqué, parce que le micheton qui gérait la boite à partouse dégoisait que ça faisait désordre au milieu des jambes en l'air.
___La suite, je vous la fais courte. Les deux croques morts emballent le défunt dans la housse à cadavres, le sanglent sur la civiére, et sortent par un passage discret, dont le patron avait encore plus tamisé la lumière qu'elle ne l'était déjâ, ce qui était en soi un phénoméne physique d'une portée considérable, si quelqu'un l'eut relevé. Mais, ce soir la, tout le monde était distrait.
___Ils allèrent le déposer à la morgue, et tout fut bien.
...
___Mais, et la jeune et jolie veuve ?
___Eh bien, l'assistant, qui, quoique nettement plus jeune que Henry, n'était pas exactement un débutant, demanda à son collègue ainé de l'accompagner à sa recherche. En effet, elle avait disparu quelque part dans cette antre de luxure. Sur le stupre sur lequel leurs yeux se posérent, ils ne dirent mot. Mais leur regard sur le genre humain en fut à jamais changé.
___Ils trouvérent la veuve en des bras consolateurs. A grand peine, elle consentit à quitter ce havre de paix pour convenir avec l'assistant d'un rendez vous à son réveil, en fin d'après midi. "Faites lui un beau truc, il y a assez d'argent", précisa-t-elle, les sanglots admirablements retenus dans sa voix rauque.
___Enfin, elle chercha l'oubli de la peine que lui causait son mort en se jetant avidement sur un vit.
...

"On va boire un coup ?" proposa l'assistant, "j'ai besoin d'un truc raide"
"Non, merci, les trucs raides, j'en ai vu suffisant pour ce soir..." conclut Henry "...mais un whisky sans glace, j'dirai pas non".
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Pour simplifier, je dis du mal de tout le monde et j'aime ça.

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Ici, je vous narre quelques histoires issues de cette confrérie des croque-morts à laquelle je m'honore d'appartenir.
Qu'elles soient arrivées à un collègue ou à moi importe peu, de méme que leur localisation géographique ou temporelle, puisqu'il faut en dissimuler l'identité des protagonistes, secret professionnel et respect dû aux défunts oblige.
Elles partagent néanmoins une caractéristique primordiale : elles sont strictement authentiques.

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  • : J'ai gardé un coeur d'enfant. Sur mon bureau, dans un bocal de formol. Et je n'y suis pour rien dans l'assassinat de JFK

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