Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___J'ai un locataire, ou plutôt un squatteur, en l'occurrence. Petit, velu, portant un masque autour des yeux, internet m'apprend qu'il s'agit d'un lerot, de la famille des loirs, un rongeur ne grignotant pas les câbles electriques, ni les meubles, n'attaquant pas l'homme en lui transmettant des maladies sales qui mettent l'écume aux lévres, et qui hibernera fin septembre, dernier délai, pour, à son réveil, se chercher un autre logis. Les lerot doivent étre un peu canadiens dans l'âme, puisque la-bas, le déménagement de printemps est un sport national.
___Fort bien, me dis-je, vivre et laisser vivre, fichons lui une paix royale jusqu'à fin septembre, et donnons lui des pommes.
___En plus d'étre un glouton incroyable, je suis tombé sur le seul lérot insomniaque au monde. Nous seront bientôt au mois de novembre, et ce petit con vadrouille dans tout l'appartement en faisant un raffut de tous les diables.
___Monsieur souhaite une alimentation plus variée, sans doute ?
___Il a déja descendu la moitié de mon stock de pommes, l'intégralité de mes poires, sauf une, qui m'a fait regretter de les lui avoir données, et une part de pizza quatre fromages que j'avais laissée sur la table (moitié par flemme, moitié par curiosité).
___Ce matin, on s'est retrouvés plus prés que nous ne l'avons jamais été.
___J'étais assis à la table ou est disposé mon ordinateur, en train de réinstaller open office (et la ré installation de Open Office à sept heures du matin est une expérience éprouvante), mon verre de Nespresso long posé devant moi (parce que j'ai peut ètre pas un rond, mais vous ne me ferez jamais boire du café de prolo), quand un bruit, doux euphémisme pour désigner un vacarme épouvantable (à titre info, la bestiole doit mesurer vingt centimétres de long, queue comprise, et peser dans les quarante grammes) me fit me retourner.
___Le lérot était en train d'essayer d'ouvrir le sac de poires que j'avais acquis la veille pour une somme modique.
___Percevant le mouvement, il se figea et se tourna vers moi. Nous étions seuls, face à face, deux métres à peine nous séparant. Silencieusement, nous nous affrontâmes du regard, chacun jaugeant l'autre à l'aune de ses à priori, "Voila celui qui ne me propose jamais d'After eight", songeant l'un dans son esprit de rongeur, "Voila celui qui m'a piqué mon reste de quatre fromages", pensant l'autre dans son esprit embrumé.
___Enfin, le lérot, si petit, mignon, et inoffensif face à moi, je fis, autant par signe de paix que d'apaisement, un coucou de la main. En lérot, faire un petit coucou de la main doit signifier : "Je vais t'arracher la téte avec les dents, te bouffer le foie et la rate, brûler vive ta femme et violer tes gosses, jusqu'a ce que t'en aie marre, et aprés je recommencerai, et nos familles se feront une guerre sanglante et sans merci sur 77 générations, fils de chien infidéle bouffeur de poires", si j'en juge sa réaction.
___Alors qu'en fait, je voulais juste dire bonjour.

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