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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 00:01
Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.
___Avant de pouvoir me tenir les pieds au chaud, dans un fauteuil confortable, je les traînait régulièrement sur le terrain, sous un soleil de plomb, une pluie battant, un froid glacial, bref, dans les cimetières aux quatre saisons. Et dans les maisons de retraite, aussi. J'ai deux histoires à vous raconter, une triste et une marrante. Par laquelle je commence ?
___Bon, je précise, concernant les maisons de retraite, que j'en ai plein, des histoires. Mais deux, particulièrement, attirent l'attention.

___La première se passe dans une maison de retraite de la région Brestoise.
___Une maison du genre ou le mot "prolétarien" reste sagement à la porte, tenant respectueusement sa petite casquette de Gavroche entre ses petites mains fébriles. Une maison de retraite pour ceux qui ont de l'argent.
___Non, je suis pas satisfait. Il manque un truc.
___Une maison de retraite pour ceux qui ont de l'ARGENT. Beaucoup, beaucoup d'argent.
___Voila qui est mieux.
___Le genre de maison de retraite ou les aides-soignantes, au physique avantageux, à la tenue immaculée, connaissent non seulement le nom complet, mais aussi le grade et/ou le titre du conjoint(e). Ou une petite vieille ratatinée dans un fauteuil roulant à droit de se faire appeler "madame le générale", puisque son mari l'était, et qu'elle tenait beaucoup au titre (il avait des tas d'étoiles, ce qui excuse les caprices).

___Bref, le top; à un tarif en rapport, bien évidemment.
___Cette maison est connue par la DDASS pour être un modèle du genre : tout le personnel est attentif, qualifié, expérimenté. Tous les locaux sont impeccables, aucune suspicion d'aucune sorte. Et le personnel, très bien payé, vient au boulot sans traîner des pieds.
___Sauf quand un des pensionnaires meurt.
___Voyez vous, le hall d'entrée est sublime, bien entendu, et donne directement sur la grande salle commune ou se réunissent toutes les personnes âgées par le biais d'une gigantesque baie vitrée. Par un curieux caprice architectural, il n'existe aucun autre accès assez commode pour faire passer le cercueil que ce hall.
___Et tous ces vieillards richissimes, nostalgiques des plus belles années ou ils étaient jeunes et avaient tout, voient régulièrement passer des types en costume sombres s'avancer, par quatre, en tenant les poignées de ce qui sera leur dernière demeure, un jour.
___Ils n'en perdent pas une miette.
___La morale de cette histoire : comme quoi, hein...

___Mais il existe un autre genre de maison.
___Un établissement dans une petite commune rurale, quelque part en Bretagne. Les chambres y sont petites, d'une couleur indéfinissable, délavée, équipées d'un petit lit, une petite armoire, une petite table.
___Techniquement, on appelle cela : un mouroir.
___Et on accède à ces petites chambres par un couloir d'un étroitesse qui ne permet pas de faire pivoter un cercueil. Quand bien même l'on pourrait, il n'y aurait pas de place dans la minuscule pièce pour y faire la mise en bière, du moins décemment.
___La solution ? Elle est simple. Il se trouve, peu après l'accueil, une alcôve. On y dispose le cercueil. Puis on va chercher le défunt. On le porte, à deux ou trois, c'est selon, "à la cuiller". On fait la mise en bière, la fermeture, la levée de corps, au vu et au su de tous. Le personnel, directeur compris, passe son temps à courir, pendant ce temps, pour occuper les pensionnaires, à la salle commune, ou dans leur chambre, afin qu'ils échappent au triste spectacle de leur destin. Afin que cela ne s'ajoute pas à leur quotidien.
___Parce que leur quotidien, en cette période de noël ou se déroulait la mise en bière qui nous y emmenait, c'était l'ennui. Et les petits cadeaux au pied du sapin. Au bureau des entrées, une petite affichette demande aux familles d'apporter des trucs qui traînent, des babioles, pour organiser une soirée de Noël pour les petits vieux.
___A la remarque innocente d'un collègue sur le fait que cette initiative était sympa, l'aide soignante a rétorqué, l'air résignée : "Oui. Dommage que les familles ne jouent pas le jeu".
___Mais alors, demande le collègue, d'où viennent les cadeaux au pied du sapin ?
"Des aides soignantes, des secrétaires, du directeur... Pour leur faire plaisir. Ils n'ont plus que ça. "

___La morale de ces deux histoires : j'en ai vu, des maisons de retraite. Juste en passant. Mais dans toutes, j'ai croisé le regard d'une aide soignante aux yeux un peu trop rouges, à l'air pas assez blasé. Je n'ai jamais vu d'endroits ou les petits vieux subissaient de mauvais traitements autres que ceux infligés par la vie. Et j'ai croisé des gens qui faisaient un métier difficile, et qui le faisaient bien, quels que soient les moyens dont ils disposent. Parfois, dans les médias, on entend parler de ceux qui le font mal, ce boulot. Et un sondage sort, pour dire que 68 pour cent des Français ne font pas confiance aux maisons de retraite.
___Ils se trompent, et ils le sauraient si ils y allaient plus souvent pour rendre visite à leurs anciens.

Publié dans : Pompe funèbres
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