Félicitations à tous les participants à la clôture du
jour. ___Avant de pouvoir me tenir les pieds au chaud, dans un fauteuil confortable, je les traînait régulièrement sur le terrain,
sous un soleil de plomb, une pluie battant, un froid glacial, bref, dans les cimetières aux quatresaisons. Et dans les maisons de retraite, aussi. J'ai deux
histoires à vous raconter, une triste et une marrante. Par laquelle je commence ? ___Bon, je précise, concernant les maisons de retraite, que j'en ai plein, des histoires. Mais deux, particulièrement, attirent
l'attention.
___La première se passe dans une maison de retraite de la région Brestoise. ___Une maison du genre ou le mot "prolétarien" reste sagement à la porte, tenant respectueusement sa petite casquette de
Gavroche entre ses petites mains fébriles. Une maison de retraite pour ceux qui ont de l'argent. ___Non, je suis pas satisfait. Il manque un truc. ___Une maison de retraite pour ceux qui ont de l'ARGENT. Beaucoup, beaucoup d'argent. ___Voila qui est mieux. ___Le genre de maison de retraite ou les aides-soignantes, au physique avantageux, à la tenue immaculée, connaissent non seulement le nom complet, mais aussi
le grade et/ou le titre du conjoint(e). Ou une petite vieille ratatinée dans un fauteuil roulant à droit de se faire appeler "madame le générale", puisque son mari l'était, et qu'elle tenait
beaucoup au titre (il avait des tas d'étoiles, ce qui excuse les caprices). ___Bref, le top; à un tarif en rapport, bien évidemment. ___Cette maison est connue par la DDASS pour être un modèle du genre : tout le personnel est attentif, qualifié, expérimenté.
Tous les locaux sont impeccables, aucune suspicion d'aucune sorte. Et le personnel, très bien payé, vient au boulot sans traîner des pieds. ___Sauf quand un des pensionnaires meurt. ___Voyez vous, le hall d'entrée est sublime, bien entendu, et donne directement sur la grande salle commune ou se réunissent
toutes les personnes âgées par le biais d'une gigantesque baie vitrée. Par un curieux caprice architectural, il n'existe aucun autre accès assez commode pour faire passer le cercueil que ce
hall. ___Et tous ces vieillards richissimes, nostalgiques des plus belles années ou ils étaient jeunes et avaient tout, voient
régulièrement passer des types en costume sombres s'avancer, par quatre, en tenant les poignées de ce qui sera leur dernière demeure, un jour. ___Ils n'en perdent pas une miette. ___La morale de cette histoire : comme quoi, hein...
___Mais il existe un autre genre de maison. ___Un établissement dans une petite commune rurale, quelque part en Bretagne. Les chambres y sont petites, d'une couleur
indéfinissable, délavée, équipées d'un petit lit, une petite armoire, une petite table. ___Techniquement, on appelle cela : un mouroir. ___Et on accède à ces petites chambres par un couloir d'un étroitesse qui ne permet pas de faire pivoter un cercueil. Quand
bien même l'on pourrait, il n'y aurait pas de place dans la minuscule pièce pour y faire la mise en bière, du moins décemment. ___La solution ? Elle est simple. Il se trouve, peu après l'accueil, une alcôve. On y dispose le cercueil. Puis on va chercher
le défunt. On le porte, à deux ou trois, c'est selon, "à la cuiller". On fait la mise en bière, la fermeture, la levée de corps, au vu et au su de tous. Le personnel, directeur compris, passe son
temps à courir, pendant ce temps, pour occuper les pensionnaires, à la salle commune, ou dans leur chambre, afin qu'ils échappent au triste spectacle de leur destin. Afin que cela ne s'ajoute pas
à leur quotidien. ___Parce que leur quotidien, en cette période de noël ou se déroulait la mise en bière qui nous y emmenait, c'était l'ennui. Et
les petits cadeaux au pied du sapin. Au bureau des entrées, une petite affichette demande aux familles d'apporter des trucs qui traînent, des babioles, pour organiser une soirée de Noël pour les
petits vieux. ___A la remarque innocente d'un collègue sur le fait que cette initiative était sympa, l'aide soignante a rétorqué, l'air
résignée : "Oui. Dommage que les familles ne jouent pas le jeu". ___Mais alors, demande le collègue, d'où viennent les cadeaux au pied du sapin ? "Des aides soignantes, des secrétaires, du directeur... Pour leur faire plaisir. Ils n'ont plus que ça. "
___La morale de ces deux histoires : j'en ai vu, des maisons de retraite. Juste en passant. Mais dans toutes, j'ai croisé le
regard d'une aide soignante aux yeux un peu trop rouges, à l'air pas assez blasé. Je n'ai jamais vu d'endroits ou les petits vieux subissaient de mauvais traitements autres que ceux infligés par
la vie. Et j'ai croisé des gens qui faisaient un métier difficile, et qui le faisaient bien, quels que soient les moyens dont ils disposent. Parfois, dans les médias, on entend parler de ceux qui
le font mal, ce boulot. Et un sondage sort, pour dire que 68 pour cent des Français ne font pas confiance aux maisons de retraite. ___Ils se trompent, et ils le sauraient si ils y allaient plus souvent pour rendre visite à leurs anciens.
Partager l'article !Les maisons de retraite:
Félicitations à tous les participants à la clôture du
jour.
___Avant de pouvoir me tenir les pieds au chaud, ...
Pas faux
Même à l'hôpital ou clinique certains sont comme des bêtes en cage
Pas de visite et à peine si ils peuvent s'alimenter seuls
Souvent les visites tardives se solde par un gros coups de blues
A entendre certains gémir ou d'être interpellé pour un petit service car y a personnes
Commentaire n°2
posté par
bria
le 09/10/2009 à 01h39
c'est plus une question de moyens que de volonté du personnel.
Les maisons de retraite, c'est un peu un de tes premiers fournisseurs ? Par contre, chapeau pour la chute! quand on sera vieux (si on y arrive) on sera bien contents d'avoir encore un peu de
visite, c'est certain.
Commentaire n°4
posté par
rousse19bientôt46
le 09/10/2009 à 06h50
le deuxième fournisseur, en fait, après les hôpitaux.
De tout cela (fort juste au demeurant) je ne garde que la dernière phrase qui devrait faire rougir la majorité des biens pensants qui "hurlent aux loups" contre les maisons de retraite, mais de
loin, de très loin...
Bon WE..Amitiès
Commentaire n°11
posté par
RolloTomasi
le 09/10/2009 à 23h01
Peut être !
Il doit bien en avoir un à l'Hôpital du Val de Grâce dans lequel on a eu l'obligeance de me déposer à titre de cobail atteinte d'une maladie rare.
Commentaire n°12
posté par
Blyster
le 10/10/2009 à 01h07
Le Val de Grâce ? C'est pas la qu'ils ont achevé Bérégovoy ?
Les médias se désintéressent de ce qui fonctionne. Ils mettent en lumière les dysfonctionnement et les abus, après libre à chacun d'y voir une généralité. Je n'ai jamais pensé que toute les maisons
de retraite étaient des prisons qui pratiquent régulièrement la torture. J'ose espérer que je ne suis pas le seul !
Commentaire n°13
posté par
Sékateur
le 10/10/2009 à 11h33
Tu n'es pas le seul, mais on es quand méme en minorité.
Quand on a eu ce que j'ai eu, on va là où on nous met parce qu'on est pas du tout, du tout conscient !
Un poil prés avant la mort (tu dois comprendre ça !) sauf qu'il faut qu'on vive encore un chouïa vu qu'on est ''un cas cliniquement intéressant'' !
Commentaire n°14
posté par
Blyster
le 11/10/2009 à 14h18
On naît, on meurt. C'est notre vrai point commun. Il y a forcément un soutiens mutuel entre ces accompagnants et ces mourants; le petit coup de blues est surement le même.
je sais je suis en retard sur bien des articles; mais merci pour celui là; ça fait plaisir pour une fois un mot gentil pour notre travail.....merci.
Commentaire n°18
posté par
petitbandit
le 22/11/2009 à 16h45
Salut Requiem, ici zouzou, rescapée d'Orange.
Je suis moi même aide-soignante depuis 1 an et demi, et les yeux rouges et l'air pas assez blasé, je les ai eu bien souvent et je les ai encore, ce métier est dur, mais quand tu sais donner, tu
reçois tellement...quand j'ai des élèves avec moi en formation je leur dis "si tu viens là pour le salaire, tu peux repartir de suite. En revanche, si tu sais voir avec ton coeur aussi bien qu'avec
tes yeux, tu verras des choses que peu de gens voient, des choses tristes, des choses amusantes, mais toujours parmi ces choses là tu verras quelque chose qui te fait un je ne sais quoi au fond des
tripes, et ça crois moi, ça vaut un 13me mois..."
Les maisons de retraite, je ne fais plus, la dernière où j'étais c'était une unité Alzheimer vraiment très bien, maintenant je nage en plein bonheur aux Soins Infirmiers à Domicile, je suis
autonome, je gère mon temps, c'est dur mais je m'y épanouis pleinement. C'est juste que la misère humaine on la voit de façon encore plus flagrante qu'en maison de retraite, et j'essaie d'apporter
un peu de chaleur...le jour où j'aurai cet air blasé qui m'insupporte et qu'affichent bon nombre de collègues dans les services ou les maisons de retraite, j'espère que ce jour là j'aurai les
couilles de changer de métier.
J'ai été de passage sur ton blog..
Bisou j'y repasserai pour voir tes prochains articles ^^
Même à l'hôpital ou clinique certains sont comme des bêtes en cage
Pas de visite et à peine si ils peuvent s'alimenter seuls
Souvent les visites tardives se solde par un gros coups de blues
A entendre certains gémir ou d'être interpellé pour un petit service car y a personnes
Ta Madame la guénérale m'a bien fait rire.
J'ai eu une comme ça dans ma chambre d'hôpital : qu'est ce qu'elle m'a fait suer.
C'est réussi: bravo !
Le mot "Retraite" finit par avoir 3 sens:
- Retour en arrière
- Jouissance tranquille
- Retiré du monde
Cherchez l'intrus !Pardon mille fois ...
Bon WE..Amitiès
Il doit bien en avoir un à l'Hôpital du Val de Grâce dans lequel on a eu l'obligeance de me déposer à titre de cobail atteinte d'une maladie rare.
Un poil prés avant la mort (tu dois comprendre ça !) sauf qu'il faut qu'on vive encore un chouïa vu qu'on est ''un cas cliniquement intéressant'' !
Ben forcément que ts les cas sont intéressants : c'est l'antichambre de ce que tu nous offre
Je suis moi même aide-soignante depuis 1 an et demi, et les yeux rouges et l'air pas assez blasé, je les ai eu bien souvent et je les ai encore, ce métier est dur, mais quand tu sais donner, tu reçois tellement...quand j'ai des élèves avec moi en formation je leur dis "si tu viens là pour le salaire, tu peux repartir de suite. En revanche, si tu sais voir avec ton coeur aussi bien qu'avec tes yeux, tu verras des choses que peu de gens voient, des choses tristes, des choses amusantes, mais toujours parmi ces choses là tu verras quelque chose qui te fait un je ne sais quoi au fond des tripes, et ça crois moi, ça vaut un 13me mois..."
Les maisons de retraite, je ne fais plus, la dernière où j'étais c'était une unité Alzheimer vraiment très bien, maintenant je nage en plein bonheur aux Soins Infirmiers à Domicile, je suis autonome, je gère mon temps, c'est dur mais je m'y épanouis pleinement. C'est juste que la misère humaine on la voit de façon encore plus flagrante qu'en maison de retraite, et j'essaie d'apporter un peu de chaleur...le jour où j'aurai cet air blasé qui m'insupporte et qu'affichent bon nombre de collègues dans les services ou les maisons de retraite, j'espère que ce jour là j'aurai les couilles de changer de métier.
des mouroirs, c'est le mot.