"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen
"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen
Félicitations à tous les participants à la clôture du
jour.
Dans l'exercice délicat de l'interrogatoire, poser des questions à un policier s'avère un exercice particulièrement jouissif. Aujourd'hui, c'est Serge Reynaud, Gardien de la Paix et écrivain, qui s'est retrouvé menotté au radiateur, une lampe puissante braquée dans les yeux, et, magie de l'internet, j'ai pu couper les "PAF ! PAF !" répétés des coups d'annuaire.Vous trouverez donc ici le PV d'audition.
- Serge, Bonjour. Tu es policier et - on peut le dire - auteur, puisque tu as écrit les "Chroniques de la main courante" (2009) et sa suite, "Bonne nouvelle, c'est la police !" (2011), parus chez François Bourin Éditeur, mais qui est l'homme derrière l'auteur ?
L'homme derrière l'auteur ? Bonne question, je me suis retourné. Et puis bon.
J'aurai 48 ans cette année, j'aime entre autres la moto (Varadero 1000), Pierre Desproges, ma femme, les randonnées, la littérature et le thé à la menthe, dans le désordre.
- Tu participes également à des concours de nouvelles, où tu arrives régulièrement second, sans jamais l'emporter. Tu en as parlé à un exorciste ?
Oui. Avant même la fin de ma confession, il a hurlé, et puis il a brûlé.
- Tu peux nous résumer un peu ta carrière, qu'on te situe ?
Six ans de gendarmerie, puis intégration dans la police en 1988. Jusqu'en 1997 j'œuvre au sein de la CRS 38, à Mulhouse, puis je pars trois ans à l'étranger comme garde d'ambassade puis, en 2000 … tout le monde s'en fout, non ? Franchement ? J'ai eu une carrière intéressante à vivre, merci, mais comme thriller, un CV, c'est nul.
- Le deuxième tome vient de sortir, et il t'a valu un passage radio chez Jacques Pradel, rien que ça. Le succès, enfin ? Y aura-t-il d'autres participations à des émissions ? Durand, Ruquier ?
À ce jour, aucune émission prévue mais j'ai la chance d'avoir avec Bourin Éditeur un bon attaché de presse, à lui de voir. Peut-être bien que mon passage chez Pradel sera mon titre de gloire, et fin du rêve. L'effet que ça me fait ? C'était très stressant et très agréable à la fois : si on m'invite ailleurs, j'y vais. Sinon ? Et bien sinon j'ai un tome 3 à écrire, voilà tout.
- Bon, je te suis depuis un petit moment maintenant, tu as l'air de te prêter volontiers à l'exercice des dédicaces. Les prochaines, ce sera où et quand (question imposée par les lectrices) ?
Je suis comme toi, j'adore me faire imposer des trucs par mes lectrices.
Le prochain salon : je vais me régaler de diverses manifestations étalées du 26 au 28 mai prochains à Guéret (Creuse), durant les Rencontres du fait divers. Je dois y signer le samedi matin.
Après, je ne sais pas encore. J'inscris mes séances de dédicaces sur mon blog et mon Face Book, à suivre.
- Strictement entre nous, tu as bien une histoire préférée parmi les autres, dans ce nouveau recueil ? Et éventuellement une qui te déçoit un peu, que tu aurais écrite autrement, avec le
recul ?
Le problème avec un bouquin à soi, c'est que tu l'as lu avant parution 261 fois et qu'il te sort par les yeux. Donc là, aujourd'hui, je ne sais plus trop ce qui est génial ou à chier dans le dernier, j'en ai juste plein le dos. Je suis capable de te répondre en partie : dans les "Chroniques" de 2009, je réécrirais PLOUF !, l'histoire page 295. De l'avis général, je suis passé à côté.
- Serge Reynaud, c'est un pseudonyme, mais pourtant on trouve assez facilement ta tête. Alors, ton identité, secret de polichinelle dans la police nationale ? Comment ont réagi tes collègues à tes histoires ? Et ta hiérarchie ?
Ma hiérarchie est au courant de mes activités littéraires pour la bonne raison que je lui en ai réglementairement rendu compte à chaque parution, et je n'ai eu aucun retour de sa part, en bien comme en mal. Ca me convient tout à fait, sincèrement.
Mon pseudo est complètement transparent depuis le début, je ne cache pas ma tronche, j'ai choisi d'écrire sous pseudo pour que les lecteurs comme les collègues ne mélangent pas : au boulot je suis policier, avec un matricule et des missions, et à côté de ça je suis auteur, donc libre de plume et d'opinion.
Mes collègues ont eu des réactions très variées, allant de "Super bien foutu !" à "C'est qui ce connard mythomane ?" Bref, ils sont tous différents, et il ne s'est pas détaché d'opinion collective tranchée.
- Bon, ce qui interpelle plus particulièrement Croque-morts Magazine, c'est ce contact assez fréquent que les policiers ont à la mort. Il y a une histoire terrible dans ton dernier livre, sur deux policiers qui vont annoncer à des parents la mort de leur fils dans un accident de moto, tu nous en parles un peu ?
L'histoire ne faisait intervenir aucun des clichés jouant sur la répugnance : la viande pourrie qui se détache des os, les odeurs, le sang, les asticots et la merde. Rien. Deux gardiens de la paix sont allés annoncer le décès d'un enfant à ses parents. Le plus jeune collègue n'a pas pu ouvrir la bouche, il est resté tétanisé sur le palier devant le père et, homme parmi les hommes, il a pleuré. En termes d'écriture aussi, ce fut une histoire difficile, car je voulais raconter ce moment atroce en toute dignité.
- Comment, d'une façon générale, gères-tu ton contact avec la mort, au niveau moral ?
Très mal, merci. Nous n'avons pas de formation spécifique, on apprend sur le tas.
- J'ai assez parlé ici des réquisitions, c'est à dire de la police qui appelle les pompes funèbres pour l'enlèvement d'un corps. Comment se passent, côté police, les découvertes de corps au domicile ?
Immense majorité des cas : les voisins appellent parce que ça pue vilain. On entre pour confirmer. Et oui, ça pue grave.
- Et comment vois-tu les pompes funèbres, de derrière ton tonfa ? Qu'aimerais-tu changer ou améliorer dans les interactions entre nos deux métiers ?
Ce fut une de mes surprises majeures lors de mon intégration en Sécurité Publique, en 2005. J'ignorais tout de cette partie du boulot et ici, à Marseille, je constate que le service assuré est nickel : tes collègues arrivent vite, ils font de leur mieux, pas de souci.
Ils sont marseillais, et ils bossent ?! Oui. Bien ? Oui.
- Pour finir, quel est l'avenir de Serge Reynaud, l'auteur ? Tes projets, tes envies ?
Un tome 3 se prépare, plus orienté vers les métiers de la police que je ne connais pas bien (les démineurs, la police scientifique, la police aux frontières, les motards et tant d'autres), mais par la lorgnette des gardiens et gradés, pour garder l'esprit des deux premiers.
De plus, fantasme avoué, j'aimerais écrire un roman, sans aucun rapport avec les contraintes de ma série actuelle (histoires vraies, six pages maxi). Une fiction polardeuse totale avec des flics barjots, des filles impossibles, des enquêtes tarées, des cadavres pas morts et la main de ma sœur je te raconte pas.
- Merci Serge, d'avoir pris le temps de nous répondre. Maintenant, quartier libre : les dernières lignes sont pour toi, ajoute ce que tu veux aux lecteurs et lectrices de Croque-morts Magazine.
Quand j'ai lancé en 2008 le blog police-histoires, duquel toute mon aventure éditoriale actuelle est partie, j'avais entre autres ambitions de faire écrire mes lecteurs. Certains se sont lancés, et ça a donné des textes très sympa, catégorie Invités.
Depuis quelque temps, ce côté "Lecteurs, écrivez !" s'est assoupi, faute de volontaires. J'aimerais beaucoup que ma petite utopie reprenne vie. Voilà, à vous de jouer.
Merci pour ton invitation, Guillaume, au plaisir de se croiser un jour dans un salon, spécialement si tu y signes ton futur livre !
Serge Reynaud, "Bonne nouvelle, c'est la police", Bourin éditeur.