"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.

Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."

article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen

 

F Fumée 2 bis +blanc fond noirprofilok-copie-1élicitations à tous les participants à la clôture du jour.

L'église était bondée.

La plupart de ces gens, je les connaissais, pas personnellement. De vue, de nom, de réputation. Par des publications, sur des sites internet. Mais je savais qui ils étaient, et, plus important, ce qu'ils faisaient, ce pour quoi ils se levaient le matin.

Leur foi, leur cause, leur combat.

Et celui que l'on enterrait était l'un des plus importants de ce groupe. Un leader, un érudit, un meneur. Une référence, une idole pour certains. Un de ceux qui n'avait jamais douté, jamais baissé les bras, jamais déposé les armes, qui écrivait la théorie et la vivait en pratique, quelle qu'en fut le coût.

Et nous, nous étions la, à remonter les nombreuses fleurs à l'autel, faire nos préparatifs, pour que tout soit nickel.

Nous venions de positionner les tréteaux, avec le maître de cérémonies, ceux ou l'on déposerait le cercueil. Nous avions vérifié le placement des fleurs, validé avec la famille celles qui seraient disposées sur et autour de la bière, et maintenant, nous allions y aller : remonter la nef pour entrer avec le défunt.

Je balayai discrètement l'assemblée d'un regard. Les gens discutaient entre eux, mais je savais que le silence se ferait au fur et à mesure que nous passerions, dans l'expectative de voir entre le cercueil.

C'est la que l'incident arriva. Il en faut peu, pour planter un convoi. Une phrase suffit.

Le maître de cérémonies avait lui aussi sans doute besoin de se rassurer. Ce genre de cérémonies est importante pour l'image d'une société, pour notre travail dans les semaines ou les mois à venir. Il revenait tout juste de la capitale, ou il avait un peu exercé. Des obsèques à Notre Dame, des obsèques juives, bouddhistes, et une dizaines d'autres religions, dont certaines hautement improbables, le tout dans les quartiers chics de la capitale. Monsieur était rompu au haut-de-gamme, mais cette clientèle de basse-Bretagne était pour lui toute nouvelle.

Il décida alors, par quelle subite inspiration, d'appliquer la méthode Coué à toute l'église. C'était autant, je pense, pour lui même que pour appliquer un référent. A haute et intelligible voix, qu'il avait puissante, il dit tout haut, alors que nous étions au beau milieu de la nef :

« On va faire une belle cérémonie, comme à Paris. »

Je stoppai net. Mon cœur avait manqué un battement. Je me senti pâlir. « Il n'a pas dit ça ? » pensais-je « Si, il l'a dit. Peut être que personne d'autre que moi n'a entendu » et c'était bien sûr un fol espoir, tant sa voix portait et que sa phrase avait été destinée à être entendue.

Lui ne s'était rendu compte de rien. Il remontait l'allée, sans remarquer les mille paires d'yeux d'autant d'ultranationalistes Bretons qui le fixaient avec une haine farouche.


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