"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen
"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
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élicitations à tous les participants à la clôture du jour.
Note : je ne peu pas garantir que cette histoire s'est passée exactement comme cela. Il est de simples anecdotes qui se transcendent pour devenir des légendes, et une légende n'est pas de trop pour saluer l'homme dont il est question ici.
Comme l'avaient précisé ses parents au croque-morts qui avait organisé les obsèques, durant toute sa courte vie, il avait été heureux.
Les maladies orphelines ont ceci de particulier qu'elles portent souvent une nom sinistre et imprononçable de médecin scandinave ou balte, qu'elle ne se guérissent pas et tuent de manière horrible après avoir permis de vivre d'une manière plus horrible encore.
Si celle ci avait bien un nom imprononçable de médecin scandinave que j'ai oublié, elle n'engendrait pas de souffrance. Le garçon avait grandi, vieilli, un peu, et surtout grossi, grossi, jusqu'à atteindre puis dépasser le quart de tonne. Il pesait 275 kilos, pour un mètre quatre-vingt, et avait les capacités intellectuelles d'un garçon de trois ans, les bons jours. Son poids l'empêchait de se déplacer seul.
Il ne quittait quasiment jamais sa maison et le jardin ou tout avait été aménagé pour son bonheur. Et avait vécu heureux, puisqu'il n'avait rien à quoi comparer sa vie ni la capacité de comprendre qu'il aurait dû être triste. Comment ne pas se satisfaire de sa vie si l'on ne sait pas qu'il en existe d'autres ?
Puis son cœur s'était arrêté, il avait eu un peu mal, pas vraiment peur, puisque les petits enfants ne comprennent pas ce qu'est la peur, mais il avait souffert, un peu, pas longtemps, avant de mourir, entouré de ses parents bien aimés, de ses frères et sœurs, parfaitement sains, aux, et qui s'étaient occupés de lui.
Entouré d'amour, il était mort à vingt deux ans, en serrant son ours en peluche préféré. Son âme innocente de gentil petit garçon s'était enfuie, et ne restait de lui que ce corps immense et difforme que les croque-morts regardaient à présent plein d’inquiétude.
Ils prirent les mesures, et partirent. Le cercueil serait fabriqué exprès, voilà tout.
Il paraît que le thanatopracteur y passa des heures et failli devenir fou. Peu importe. Les thanatopracteurs, c'est comme les cartons de pizza : on tape dans une poubelle, il y en a dix qui tombent. Soi il faisait son soin, soit quelqu'un d'autre le ferait, voilà.
Mais pour la logistique, il fallait une équipe au top.
Six porteurs furent sélectionnés, sur leurs qualités physiques. Durant les phases ou le cercueil serait porté à la main, aucun ne devrait flancher. Pour le reste, un chariot renforcé, pouvant supporter jusqu'à cinq cent kilos avait été emprunté tout exprès à une agence située à trois cent kilomètres. Le porteur irait le chercher en même temps que le cercueil sur mesure.
Tout était impeccable, à un détail près : la sépulture de famille, dans lequel le garçon serait inhumé était située au milieu d'un carré de tombes, dans un vieux cimetière, ou les monuments étaient à peine espacés d'une trentaine de centimètres, au grès d'un sol irrégulier. Le carré était trop grand pour que le bras de la grue du camion de marbrerie l'atteigne, et, en temps normal, seuls deux porteurs, chacun levant le cercueil à bout de bras, auraient pu l'atteindre. Dans ce cas, ou l'ensemble dépassait les trois cent cinquante kilos, c'était impossible.
Il n'existe que deux façons de faire un soi de conservation : soit il est réussi, soit il est raté. Il en existe des multitudes pour faire une belle cérémonie, autant qu'il existe de maître de cérémonies. La thanatopraxie est une question de technique, la cérémonie, elle, dépend uniquement du talent.
Et cette petite filiale d'une grosse société de pompes funèbres égarée au fond de la Bretagne avait un talent. Ou plutôt, un génie. Si les cérémonies avaient été de la musique, il aurait été Mozart. Si elles avaient été de la poésie, il aurait été Baudelaire. Si elles avaient été de la littérature, il aurait été Flaubert. Mais les cérémonies étaient des cérémonies, et il était lui.
C'était un homme affable, toujours impeccable. Alors qu'une famille avait regretté devant lui, un jour, de ne pas avoir eu la messe en latin, par passion pour cette langue, sur le chemin du cimetière, il avait improvisé, une fois à destination, un petit cérémonial d'inhumation dans la langue de Marc-Aurèle. De tête, sans note.
Ce n'était pas un maître de cérémonies, c'était LE Maître de Cérémonies. A côté de lui, les autres n'étaient que des tâcherons. Il alla au cimetière, et, rentrant, il déclara juste, sibyllin, qu'il avait la solution, c'était bon, on pouvait y aller.
C'était tout lui : il aimait, péché véniel, ses petits effets, mais la ou n'importe qui d'autre se serait inquiété, son équipe avait juste acquiescé. Si il disait qu'il avait la solution, c'est qu'il l'avait.
Et la cérémonie eut lieu. Nul besoin de vous la narrer : elle fut belle, elle fut émouvante, et tandis que le garçon reposait dans son immense cercueil avec son ours en peluche préféré, celui-ci était recouvert de pétales de fleurs et de jouets parmi ceux qu'il affectionnait le plus. Enfin, le convoi parvint au cimetière.
Étaient présents la famille et les proches, assez nombreux, les croque-morts, les fossoyeurs, les officiels du cimetière, et deux types à l'air emprunté, qui se tenaient en retrait dans un coin. Leurs costumes étaient dépareillés, et manifestement, les cravates n'étaient pas leur fort.
La, sur son chariot renforcé, le maître de cérémonies fit son office, et vint le temps d'inhumer.
Alors, calmement, le maître de Cérémonies fit un signe à l'un des deux hommes en retrait. Celui ci sortit un talkie-walkie, y prononça quelques mots, et la grande grue sur le chantier non loin se mit lentement à tourner.
Le maître de cérémonies avait vu, lui, le chantier, auquel personne ne prête attention. Il avait été demander au contremaître, qui lui même avait demandé au maître d’œuvre, qui, ému, avait donné son accord. Le Maître de Cérémonies avait été voir tous les officiels afin d'obtenir les autorisations. Le chantier s'était même organisé pour que le grutier aie la matinée pour s'entraîner.
Et les sangles descendirent du ciel, doucement. Les croque-morts les fixèrent aux poignées du cercueil, qui s'éleva lentement. Puis, guidé par les hommes au sol, la grue l'achemina respectueusement au dessus de la tombe, ou il descendit tout aussi doucement.
Le temps était comme suspendu. Pas un pétale de fleur, pas une peluche sur le cercueil n'avait ne serait-ce que frémi. Lorsque le cercueil toucha le fond, un marbrier descendit détacher les courroies, qui s'élevèrent et disparurent.
Puis la famille passa devant la tombe, qui lançant une fleur, qui une poignée de terre.
Enfin, après avoir chaleureusement remercié, la famille prit congé. La mère dit juste « J'avais peur que la grue soit sordide ou humiliante. Mais c'était... On aurait dit qu'il s'envolait, comme libéré. Merci. »
Certains métiers demandent des compétences techniques. D'autres exigent du talent.
À Pierre-Charles, Maître de Cérémonies et heureux retraité