Félicitations
à tous les participants à la clôture du jour.
___Or donc, il advint qu'une paire de croque-morts fut appelés par la police pour un décès en un lieu incongru, et en revinrent
ivres de parfums capiteux et d'images malséantes.
___Voici leur histoire :
___C'était un vendredi soir, veille d'un samedi 14, que le téléphone de permanence sonna. ___A l'appareil, l'assistant qui était de permanence avec Henry, un vieux croque-morts, à qui l'on ne la faisait plus. La police requérait les services du "Service
extérieur des pompes funèbres", c'est les copains et moi, ça, hein, pour ceux qui ne me connaissent pas, afin d'enlever un défunt d'un endroit, dont ils indiquèrent l'adresse, pour le ranger
proprement dans un autre, à savoir un tiroir de la morgue.
___Cheminant, Henry se dit que l'adresse lui évoquait quelque chose, mais quoi ?
___"Certainement pas un lieu de connaissance", se disait il, lui qui connaissait tout et tout le monde à cinquante kilomètres à
la ronde. Enfin rendu, il constata que l'endroit, bien que connu, n'était pas de ceux qu'il fréquentait, en effet : la principale boîte échangiste des environs. Un haut lieu des rendez vous
libertin, qui devait sa tranquillité au fait que, dans ce coin perdu de la Bretagne profonde, les prudes et très catholiques riverains n'avaient pas compris ce qui s'y passait.
___Et ce qui s'y était passé, ce soir, était limpide : une jeune et accorte donzelle y avait rencontré, quelques temps
auparavant, un vieillard cacochyme dont elle avait fait son époux, par amour pur et sans aucune considération pour la fortune considérable qui était celle du pépé, ce qui est beau, non ? Et l'y
entraînait régulièrement afin qu'elle pût se livrer à des acrobaties adéquates à sa condition physique parfaite et son appétit démesuré sur de jeunes hommes et femmes au physique parfait, sans se
rendre compte que son légitime époux, s'efforçant de suivre, s'épuisait, gavé de pilules bleues, afin de ne pas perdre la face, en de jeunes donzelles toujours avides d'expériences.
___Et ce soir, précisément, les pilules bleues, trop d'exercice et une forte dose de champagne avaient terrassé le vieillard
déjâ subclaquant. C'est ce dont se rendirent compte Henry et son acolyte.
___"Oh bordel !", jura ce dernier.
___"Au bordel, tout juste", conclut Henry, qui s'était ressaisi et déballait déjâ son plastique, non pas le fin aux goûts
exotiques qui recouvraient des virilités même pas refroidies par l'incident, mais le grand épais opaque blanc dans lequel on emballait les cadavres.
___Le défunt avait été emmené en quelque alcôve discréte, à part de la piste de danse sur laquelle des silhouettes anonymes,
floutées par la lumière des projecteurs, se frottaient dans un jeu moite, sensuel et impudique, provoquant la libération de rivières de fluides dot l'abondante présence favorisera les plaisirs à
venir dont l'imagination et la variété ainsi exhibés ne seront que les prémices de vices plus grands encore et ...
...
Pause, j'ai besoin d'une douche glacée.
(L'auteur interpréte son propre rôle dans cet interlude)
(Bruits d'eau qui s'écoule)
"Brrr, fait pas chaud ce soir..."
(Bruit de vétements ôtés dans des gestes frénétiques et jetés au sol et d'un homme qui se jette sous la douche)
"Nyyyyyaaaaaarrrrkkkk ! Putain ça caille bordel de merde !"
(Bruit d'un requiem tout bleu mais calmé qui sort de sa douche)
...
Oui, ça va mieux, merci
...
___Ou en étais-je ? Ah, oui.
___Donc, le cadavre avait éte planqué, parce que le micheton qui gérait la boite à partouse dégoisait que ça faisait désordre
au milieu des jambes en l'air.
___La suite, je vous la fais courte. Les deux croques morts emballent le défunt dans la housse à cadavres, le sanglent sur la
civiére, et sortent par un passage discret, dont le patron avait encore plus tamisé la lumière qu'elle ne l'était déjâ, ce qui était en soi un phénoméne physique d'une portée considérable, si
quelqu'un l'eut relevé. Mais, ce soir la, tout le monde était distrait.
___Ils allèrent le déposer à la morgue, et tout fut bien.
...
___Mais, et la jeune et jolie veuve ?
___Eh bien, l'assistant, qui, quoique nettement plus jeune que Henry, n'était pas exactement un débutant, demanda à son
collègue ainé de l'accompagner à sa recherche. En effet, elle avait disparu quelque part dans cette antre de luxure. Sur le stupre sur lequel leurs yeux se posérent, ils ne dirent mot. Mais leur
regard sur le genre humain en fut à jamais changé.
___Ils trouvérent la veuve en des bras consolateurs. A grand peine, elle consentit à quitter ce havre de paix pour convenir
avec l'assistant d'un rendez vous à son réveil, en fin d'après midi. "Faites lui un beau truc, il y a assez d'argent", précisa-t-elle, les sanglots admirablements retenus dans sa voix
rauque.
___Enfin, elle chercha l'oubli de la peine que lui causait son mort en se jetant avidement sur un vit.
...
"On va boire un coup ?" proposa l'assistant, "j'ai besoin d'un truc raide"
"Non, merci, les trucs raides, j'en ai vu suffisant pour ce soir..." conclut Henry "...mais un whisky sans glace, j'dirai pas non".