"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.

Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."

article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen

 

F Fumée Noire 2profilok-copie-1élicitations à tous les participants à la clôture du jour.

Arrivé en avance à la morgue de l'hôpital. Parking désert.

J'attends devant la porte. Une main dans la poche, l'autre tenant un gobelet de café. Clope au bec.

Il ne fait pas très chaud.

Voilà le chef, il est seul dans le corbillard.

Un autre collègue se gare juste derrière.

Tous les trois, nous entrons dans la morgue. L'employé nous ouvre le frigo en parlant des derniers potins dans le petit milieu de la mort.

Sur le brancard, le corps est enveloppé dans un drap taché de sang et de fluides corporels.

Je découvre le visage. J'aime bien savoir à qui j'ai affaire.

Le visage de la femme est enflé, rouge, sa bouche et son nez sont remplis de sang coagulé.

Pas de vers. Pourtant, ça fait quinze jours qu'elle est morte. Ils doivent être à l'intérieur.

L'agent de morgue nous explique qu'à un jour près, il la congelait, pour éviter que la vermine envahisse ses frigos.

Nous la mettons dans le cercueil.

On charge le cercueil dans le corbillard.

On va au cimetière. Chacun prend sa voiture, comme ça on pourra rentrer chez nous directement après.

Arrivés au cimetière. Le gardien nous jette à peine un regard, et nous fait signe d'avancer vers le carré, au fond du cimetière.

Sur place, trois fossoyeurs. On s'en étonne. Ils nous expliquent que c'est pour boucher le trou plus vite, avant la fermeture.

On fait ça tôt le matin, ou tard le soir, quand il n'y a personne.

On décharge le cercueil.

On l’emmène au dessus du trou, placé sur des bois. On soulève, un fossoyeur enlève les bois, on descend. Il est en place. On retire les cordes.

On s'éloigne, à deux mètres, on s'allume nos clopes.

Quelqu'un sort une vanne. Tout le monde ricane.

Un instant de flottement.

Quelqu'un dit « voilà », encore un flottement.

Quelqu'un dit « C'est dur, quand même, de finir comme ça ».

Quelqu'un dit « Il y en a de plus en plus ».

Flottement. Quelqu'un devrait dire quelque chose, mais personne ne sait quoi.

Les fossoyeurs bouchent le trou. A rythme ou ils vont, ils auront fini avant qu'on soie arrivés à la sortir de l'immense cimetière.

En sortant, je regarde ma montre. Sept minutes.

On va boire un café, on passe au bureau bosser un peu. On parle d'autres choses. On a déjà oublié.

Bienvenue à la fosse commune.



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