"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen
"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen

élicitations à tous les participants à la clôture du jour.
Je méprise la mode. La mode, c'est le triomphe de la connerie du plus grand nombre sur l'individualité pensante. La mode est le meilleur moyen de transformer un peuple en troupeau de moutons prêts à l'abattoir.
Mais parfois, la curiosité l'emporte.
Ainsi, après avoir vu tant de sujets à la télévision, lu tant d'articles dans les journaux, et après avoir été assailli par tant d'affiches vantant ses mérites, je me suis décidé, une fois dans ma vie, à essayer le poker.
Le poker est un jeu de cartes. Il me semble important de vous préciser une chose à propos de ma relation avec les jeux de carte : plantez-m'en un en main, et je me met instantanément à m'ennuyer. Jeux de cartes et Scrabble sont pour moi synonymes d'ennui mortel. C'est vrai, quoi, merde, on joue quand au Scrabble ? Le dimanche après midi, quand le temps dehors est trop moche pour aller se promener, que les magasins sont fermés, qu'il est trop tard pour manger et trop tôt pour le café, qu'on est dans une maison loin de tout ou l'on ne peut trouver aucun livre, et qu'une panne de courant nous prive de Drucker à la télé.
Oui, entre le Scrabble et Drucker, je choisis Drucker, c'est dire.
Bref, le poker, et les cartes en général, pour moi, c'est pareil.
Donc, je me rendis un soir, à l'instigation d'un ami, à une table de Poker, ou quatre maîtres internationaux se proposaient de m'initier à l'art délicat de battre le carton.
Ils m'expliquèrent rapidement les règles, et je m’ennuyai déjà. Toutefois, j'écoutai poliment les explications, bien déterminé à tenter une fois ma chance, mourir idiot faisant partie de mes craintes.
La partie commença. Les maîtres m'avaient rapidement expliqués les règles, puis avaient décrété, devant mon air torve, que le meilleur moyen d'apprendre, c'était pratiquer.
Nous étions assis, autour d'une table, dans l'arrière boutique d'un réduit borgne dont les murs lépreux suintaient l'ambiance lourde des polars bon marché.
Assis à côté de moi, mon coach personnel, Maître Raymond. Maître Raymond avait été uns star du football,un génie précurseur, et donc incompris, de l'art conceptuel de la défaite dé-panachée. Il voulait faire du théâtre, en réalité, mais son père l'inscrivit péremptoirement au football, tant il craignait, à l'époque, que son rejeton se transformât en invertit errant en collants sur des plateaux de films de capes et d'épées. Il haïssait les films de jean Marais. Maître Raymond avait fait contre mauvaise fortune bon sœur, rejouant soir de match après soir de match des tragédies sur la défaite et l'humiliation. Las ! Son public ne comprenait rien à son art.
La mission de maître Raymond était simple : assis à côté de moi, il désignait silencieusement les cartes que je devais jouer, sans commentaire ni explications. Le reste du temps, il lisait un livre d'Elisabeth Teissier.
Le premier de mes adversaires était Maître Patrick. Acteur sans charisme, chanteur sans voix, il s'était retrouvé assis sur un paquet de millions qu'il étais soucieux de faire fructifier. Devenu champion du monde de poker sur un malentendu, un tirage favorable combiné à une épidémie de gastro entérite foudroyante chez ses adversaires à laquelle il avait échappé, parce qu'il avait déjà mangé des moules-frites la veille et ne voulait pas prendre deux soirs la même chose, il avait profité de cette image pour acheter quelques sociétés de jeu en ligne.
Il venait de poser une quinte flush sur la table, ou un truc du genre.
Le deuxième de mes adversaires était maître Bruno. Acteur sans rôles, peut être grillé par manque de sérieux ou à cause de ses fréquentations, un ancien présentateur d'émission musicale s'était installé dans une roulotte et se prétendait manouche alors qu'il était Breton, il cachetonnait dans des publicités et dilapidait ses quelques gains dans des parties effrénées. Il venait toutefois de se permettre un sourire, qui avait illuminé ses petits yeux inquiets, et semblait avoir une combinaison intéressante.
Le troisième adversaire était Maître Machin. Si, vous savez, maître Machin, la, on l'a vu dans Navarro, il faisait le méchant, et on l'a vu dans Julie Lescaux, il faisait le méchant, puis il est parti aux states faire carrière, il a joué dans les experts, mais si, vous savez, il jouait un cadavre sur une table d'autopsie, c'est celui, quand on le voit à la télé, on le reconnaît de suite : « Mais c'est machin ! Putain, ou est ce que je l'ai vu, lui, déjà ? »
Maître Machin avait abattu son jeu sur la table, l'air déçu.
C'était à moi. Je me tournai vers Maître Raymond, mais il semblait occupé à dresser le profil astral des enfants de l'école de son fils, pour savoir quel rôle distribuer à qui dans la pièce de théâtre de fin d'année. Je n'avais pas à cœur de le déranger.
Il fallait que je fasse mes preuves. Montrer que j'avais compris. Bon, qu'est-ce que j'étais censé faire, déjà ? Si seulement je m'emmerdai pas autant, je pourrai me concentrer. Je me plongeai dans les cartes, les fixant une à une, et peu à peu, un souvenir se fit.
Je relevai la tête. Fixai d'un regard glacial chacun de mes adversaires, à tour de rôle. Même Maître Raymond s'était détourné de sa tâche, et me fixait avec intensité. Le suspens était à son comble. Qu'allait dire leur Padawan, le jeune requiem29 ?
Dans un effort surhumain, je maîtrisai les tremblements de ma voix, et annoncait :
« Dans la famille de Pique, je demande le père ! »