
élicitations à tous les participants à la clôture du jour.
Qu'une chose soit claire, il y a deux genre de personnes : ceux qui ont ramassé des bouts de cadavre sur cinq cent mètres après une collision, volontaire ou non, avec un train, et les autres.
L'histoire qui va suivre m'a été racontée par un gendarme, tandis que nous attendions dans le froid glacé d'une nuit Lorraine hivernale
que les pompiers arrivent avec un groupe électrogène et des projecteurs, mais ceci est une autre histoire.
"C'était un suicide. Aucun doute. Le gars avait laissé une lettre, s'était mis debout dans un virage, là ou le train ne pouvait pas le voir,
et se l'était pris à 200 km/heure dans la tronche. Il y en avait partout.
Bref, on était au sac-poubelle. On arpentait les voies et les champs avec pour y mettre les morceaux. On a ramassé, puis, au bout d'un
moment, comme on ne trouvait plus rien, on a mis tous les sacs dans une housse de corps, et on est rentrés faire la paperasse. Le train est reparti pour l'Allemagne.
C'était un suicide, aucun doute, et le légiste s'était contenté d'un bref examen et de quelques prélèvement, pour chercher les toxiques. La
routine. Il avait noté qu'il manquait des bouts, et les avait supposés emportés par les charognards. Il y avait plein de renards, dans le coin, ça bouffe n'importe quoi, ces
bestioles.
Le gars souffrait de dépression, sa femme s'était barrée, il avait perdu son boulot, rien à signaler. La famille réclamait le corps, on
avait aucune raison de lui refuser, alors le proc' a signé le permis de crématiser.
Le gars est parti au four, les cendres ont été mises dans la sépulture de famille, et ses proches rentrèrent chez eux, accablés de chagrin
et de culpabilité. La routine. Quelques jour après, on reçoit un coup de fil de la police Allemande.
Le collègue parlait Français avec un fort accent teuton.
- Ach, ponchour, kollégue ! Qu'il dit.
- Guten tag ! Que puis je faire pour vous ?
- Eh pien, zai eine pobléme, ja, figurez fous qu'on a été appelés zuite à une inzpektion de routine zur eine train a fous, ja ?
- Euh, oui, mais je ne vois pas...
- Fous avez pien un gars qui z'est jeté dessous, ja ?
- Ja, euh, oui !
- Il manquait rien ?
- Peut être, on peut pas savoir, il était dans un état !
- Ach ! Definez ? Ze parie qu'il vous manquait un bras !
- Un bras ? Euh, oui, il me semblait bien que j'avais vaguement entendu parler de ça...
- Z'est moi qui l'ai trouvé ! Collé dans un coin, sous le train !
- Merde...
- Ach ! Les Franzais, afec leur focabulaire imagé ! Pon, dites, j'en fais quoi ?
- Euh, je sais pas trop. Il a déjà été crématisé, je me vois mal annoncer ça à la famille...
- Che comprend. Pon, che vais arranger ça afec le crématorium, on fa faire passer ça pour un déchet d'amputazion, ni fu, ni connu, ja
?
- Ok, collégue, merci.
Je lui ai envoyé une bouteille de champ. Je pouvais bien faire ça. N'empêche, le maccab', il m'a fait un sacré bras d'honneur. Mais j'allai
faire quoi ? Lui coller un outrage à titre posthume ?"










