"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.

Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."

article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen

Jour en manche

062-hans-holbein-1523-death-letter-f-q87-2561x2515profilok-copie-1élicitations à tous les participants à la clôture du jour.

Cette semaine, l'actualité, c'était bien sûr le beau temps, qui régnait sur la France comme un prince adulé de son peuple. Aussitôt l'on vit ressortir les terrasses des cafés, les chemisettes et les bermudas, comme si les ultra violets étaient une nourriture indispensable à la vie dont le peuple aurait été jusque là spolié, au lieu d'une saloperie de rayons cancérigènes.

Mais c'était aussi bien, parce que cette semaine, c'était aussi la saint Rabat-Joie.

En effet, vous n'aurez pu échapper à l'actualité, à savoir le mariage princier, et à la longue litanie d'informations superflues qui l'accompagnait, non plus qu'à la cohorte de tristes qui eussent voulu l'interdire, tant leur allergie aux concepts de bonheur et d'identité leur l'idée même que l'on puisse s'y intéresser de loin en loin offensante.

« Comment peut on tolérer une telle débauche de luxe en temps de crise ? » s'interrogent certains, tandis que d'autres ne manqueront pas de vilipender, dans leurs éditions de la semaine prochaine, ces drapeaux anglais brandis un peu partout en Angleterre, comme autant de petits triomphes du nationalisme et du populisme (je précise que je n'invente pas, je l'ai déjà lu sur un forum).

Si je comprend bien les arguments des premiers, lors que des gens sont dans la misère, l'on devrait interdire aux familles royales de se réjouir ? Mais, désolé de jouer le royaliste de base (rôle que j'assume avec peine, moi qui suis démocrate comme pas deux), mais ces gens, les héritiers de la couronne, jouent un rôle primordial : ils sont à eux seuls les symboles de l'identité et de l'unité de la nation. Ils sont à la fois distants et familiers, et les Anglais, pour leur immense majorité, se trouveraient comme orphelins si la royauté venait à être abolie.

Un mariage royal, c'est la communion entre la famille souveraine et son peuple, une occasion unique d'éprouver joie et fierté par procuration, et, un instant, oublier ses petits tracas ou ses gros soucis.

Les deux millions de personnes massées le long des rues à Londres, les deux milliards de téléspectateurs qui ont suivi cette cérémonie étaient ils tous de noble extraction ? Baignaient ils tous dans l'opulence ? Ce serait bien que la réponse soit oui, cela serait rassurant sur l'état du monde. Mais plus probablement, non. Pourtant, sur les visages, de la joie, de la liesse, de la fierté.

Cela coûte-t-il cher ? Oui. Mais l'économie liée à cet événement a dégagé de substantiels bénéfices pour un marché qui en avait besoin ? A qui ces bénéfices profitent ? Aux commerçants, aux salaires des petits employés, un peu, aux capitalistes, aussi. Mais si la majorité des souvenirs, y compris les mugs, parce que j'adore les mugs, sont fabriqués en Chine et ne profitent pas aux travailleurs Anglais, que faire ? Interdire le mariage, couper les têtes de la famille royale ? Ou bien demander des comptes aux dirigeants qui privilégient l'étranger à leur propre nation, au nom d'une ''libre concurrence'' qui est réalité un rejet d'un protectionnisme, protectionnisme devenu un gros mot alors que sa légitimité est démontrée chaque jour ?

Les gens qui s'opposent à ce type d’événement n'ont en réalité qu'un but en tête : maintenir la tête sous l'eau à ceux qui souffrent, pour faire monter leur colère, et la transformer en chair à canons le jour de la révolution. La preuve qu'un peuple puisse se souder, et ressentir de l'empathie autour d'un couple que la plupart d'entre eux ne rencontrera jamais directement est la démonstration que leurs thèses sont fausses, et que seul l'affirmation péremptoire et fière des identités nationales et du patriotisme sauveront le monde du marasme ou il est plongé.

Sinon, le mariage en lui-même était assez chiant à regarder, il faut dire. Il faut aimer la pompe, mais moi, c'est pas ma faute, je la préfère funèbre. Le seul moment ou j'ai franchement ri, c'était l'arrivée de la mariée à l'église. Pour ceux qui l'ont loupée, je vous la refait :

Donc, le prince Willliam se tient devant l'autel. La mariée arrive, dans sa fameuse robe, que lui n'a pas vue. Il ne sait absolument pas à quoi ressemble la vêture de son épouse, ni le maquillage qu'elle a choisi ou la coiffure pour laquelle elle a opté. Il faut quatre minutes à sa future femme pour traverser la nef et arriver jusqu'à lui, et, protocole oblige, a interdiction formelle de se retourner et de la regarder avant qu'elle ne soit à son niveau.

Bref, à cet instant, il bout.

A son côté, le prince Harry, son frère cadet, meilleur ami et témoin, qui lui se fiche du protocole comme d'une guigne. Devant tout le monde, les deux milles invités, et les deux milliards de téléspectateurs, il se retourne donc franchement, détaille sa belle-soeur, se retourne vers son frère et le nargue gentiment. « Vivement que tu puisses la voir, elle est sublime », aurait il glissé à un William pétrifié d'impatience.

Oui, je le raconte mal, mais sur le coup, c'était drôle.

Elton John aussi était la, avec son époux. Sir Elton John, d'ailleurs, ce qui pose une question : comment appeler son mari ? Lady ?

Pendant ce temps la, le monde poursuit sa course folle. L'homme soupçonné d'avoir tué toute sa famille cours toujours, l'invasion Africaine continue dans notre pays via l'Italie, le premier mai tombe un dimanche, Michel Drucker fait toujours de la télé. Sans ce sacré mariage, il n'y aurait vraiment, vraiment pas eu lieu de se réjouir.

Allez, je vous souhaite le moins mauvais jour en manche possible.

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