"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen
"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.
Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."
article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen

élicitations à tous les participants à la clôture du jour.
Je suis définitivement, indécrottablement, définitivement, un citadin. Même si j’ai passé, durant toute mon enfance, mes weeks-end à la campagne, juste en face d’une ferme, et que j’allais assister tous les soirs à la traite des vaches, devenu adulte, j’ai laissé tomber (assez tôt, maintenant que j’y pense) mon idée de devenir agriculteur. Entendons nous bien : le feu qui brûle dans l’âtre de pierre, tandis que dehors la tempête fait s’agiter les arbres et ployer les épis de blé qui attendent le retour de l’astre solaire pour être fauchés comme des rebelles syriens, ça a son charme, pour prendre deux ou trois jours de repos, loin de la circulation, de l’agressivité, et des chantiers de tramway que l’on trouve en ville.
Et c’est agréable et reposant, jusqu’à ce que, vers huit heures, l’on se dise « Tiens, j’aurai bien envie de me commander une pizza en regardant un bon film, après avoir consulté mon mur Facebook. ». C’est à ce moment crucial que ça se complique. Parce que ce n’est plus reposant du tout, la campagne. Le citadin, rompu à la célérité de la fibre optique, se trouve à attendre une demi-heure que Thunderbird ait fini de télécharger ses mails, pour se rendre compte qu’il a obtenu, au bout de tout ce temps, une pub pour un élargisseur de pénis, et dix-sept pour cent de réduction sur une Trabant. La voiture Russe. Vous connaissez la différence enter avoir une Trabant et avoir le SIDA ? Le SIDA, on peut le refiler. Puis, il attendra un quart d’heure pour charger son mur Facebook, pour tout à coup que tout s’arrête, et de voir inscrit sur l’écran : « Le chargement de la page est inhabituellement long ». Sans rire ?
Inutile, à ce compte la, d’espérer télécharger un film, ou de le regarder en VOD.
La campagne, c’est aussi des voisins agréables et sympathiques. Même éloignés les uns des autres, tout le monde connaît tout le monde, et tout le monde est solidaire d’avec tout le monde. Ce qui semble parfait sur le papier s’avère catastrophique dans les faits. En ville, tu croises ton voisin, il fait la gueule, tu fais la gueule, tout est bien. Vous vous saluez d’un « Bonjour » rapide si vous êtes amis intimes. A la campagne, non. Les gens viennent te voir, avec le sourire, main tendue. Ils savent que tu travailles dans les pompes funèbres (ou que tu es moniteur d’auto-école, ou que tu travailles chez France Télécom) et vont se mettre incontinent à te raconter les obsèques de Tata Dudule (ou le permis de la petite dernière, qui a fini par épouser l’inspecteur, mais n’a toujours pas le papier rose, ou leurs récriminations contre la disparition du 12). Les gens te parlent. Longtemps, et de trucs dont tu n’as strictement rien à foutre. Une fois, j’ai été acheter du pain, à la campagne, j’ai décidé d’y aller à pied, j’en avais pour dix minutes aller-retour. Naïf. Ca m’a pris six heures.
Et non seulement les gens sont passés maîtres dans le déplacement subtactique qui leur permet de se placer sur une trajectoire d’intersection entre toi et la baguette de pain convoitée pour t’inonder en ouvrant les vannes de leur logorrhée, mais en plus, ils te connaissent. Ils savent qui sont tes parents, qui sont tes grands-parents, quels membres de ta famille ont succombés à des maladies honteuses, qui a tendance à boire trop, avec qui tu couches et dans quelle position. Les trous dans ta biographie réelle sont aisément remplis par des rumeurs.
Je hais la campagne.
Tous à l’heure, ce midi, juste avant d’écrire cet article, j’ai été dans un supermarché, à la campagne, m’acheter un sandwich, et Mad Movies. Des sandwiches, il y en avait de deux sortes : jambon-beurre-cornichons ou jambon-beurre-fromage. Moi qui cherchait celui au saumon façon tartare, déçu. Quand au rayon journaux, pas de trace de Mad Movies. L’employée m’a fait répéter cinq fois le nom, avant que je ne saisisse mon calepin et ne le lui écrive, et, bien sûr, elle n’en avait jamais entendu parler. Par contre, sur le présentoir, bien en vue sous le Télégramme édition Trégor, magnifique sous sa couverture brillante en couleurs, une pile d'exemplaires de « Tracteur passion ».
Je suis rentré dépité.
Non.
Non.
Non, je vous dis.
Non, non et non, pas question !
…
Pff.
Bon, d'accord. De toute façon, demain j'y retourne acheter mon déjeuner, il paraît que le jeudi, ils font un sandwich rosette beurre, ça variera un peu.
J'en profiterai pour acheter un exemplaire de tracteur passion. Avec un peu de pot, je devrais trouver de la matière à quelques articles.
N'empêche, est-ce que j'achète corbillard passion, moi ? Non. Et vous savez pourquoi je n'achète pas corbillard passion, moi, hein, vous savez pourquoi ? Parce que ça n'existe pas. Le jour ou un type le lance, merci de me prévenir, et de me faire savoir le prix de l'abonnement à vie (avec les hors série). Je le lirai dans mon appartement a centre-ville.
Si mes histoires vous plaisent, il serait aimable de votre part de soutenir mon envie de les voir un jour publiées dans un vrai livre en vrai papier, la seule forme qui compte vraiment. Pour cela, inscrivez vous comme éditeur sur My Major Company Books, et devenez fan, c'est gratuit. Et parlez-en autour de vous.
L'Ankou mascotte dans l'en tête de l'article est une courtoisie de Rex Buthor.
Les graphismes, illustrations et la déco du blog sont l'oeuvre de Manu Rayot.
Tous droits réservés.