
élicitations à tous les participants à la clôture du jour.
Tiens, puisque je l'avais écrite l'autre jour, et que finalement, j'ai choisi de publier l'autre, la rigolote, voici la deuxième anecdote sur mon service militaire. Celle-ci, dans l'absolu, est moins marrante. Elle est vraiment arrivé, comme ça, dans le moindre détail. Il y a des trucs, notamment quand on est à deux doigts de tuer légalement quelqu'un, qui ne s'oublient pas.
J’étais dans l’infanterie. Je sais, j’avais fait le con, puisqu’un piston en or m’attendait dans la marine, et que je l’avais balayé d’un revers de la main. Non, moi je voulais conduire un tank, et c’est ainsi que, loin de l’artillerie promise, je m’étais retrouvé fantassin dans un régiment semi-disciplinaire.
Ouais, je sais : pas de pot.
Après cinq semaines de classes, qui est la période ou l’on essaie de te faire passer du stade de gamin jamais sorti de chez papa-maman à celui de tueur à la solde de l’état, je me retrouvai promu transmetteur. Ceci grâce au fait que j’avais obtenu, je ne manque jamais de le rappeler, le meilleur résultat au test psychotechnique de toute ma section, devant un prof de sciences physique et un ingénieur agronome.
Bref, je repartis donc pour six semaines de formation CRT (crypto régulateur télégraphiste) dans un régiment du sud ouest. Régiment qui était constitué de personnel d’encadrement et de stagiaires venus de toutes les armes.
Donc, à tour de rôle, nous étions affectés à la garde, à l’entrée de la caserne. Il y avait deux groupes : l’un constitué de plantons, et un autre qui servait de « groupe d’intervention », chargé en gros d’aller voir ce qui se passait si une alarme sonnait.
Et ce soir la, je dormais bien, privilège du groupe d’intervention ou l’on m’avait affecté, lorsque le sergent engagé qui nous dirigeait me réveilla avec la délicatesse habituelle des militaires. Qui ne s’est jamais réveillé au son de la voix d’un sergent beuglant et secoué par le choc de ses rangers dans le sommier de son lit ne peut pas comprendre de quoi je parle.
Une alarme sonnait, il fallait aller voir.
Deux informations importantes sont à vous communiquer, à ce stade : la première, le lieutenant-colonel qui dirigeait le régiment était une sorte de fou-furieux qui exigeait que nous respections scrupuleusement toutes les consignes donnés par le manuel. La seconde, c’est que c’était l’alarme de l’armurerie qui sonnait. Une ZMS, donc, Zone Militaire de Sécurité, un lieu tellement sensible que, si on parlait mal en sa présence, il éclatait en sanglots. Avec le centre de transmissions, c’était LE point névralgique du régiment.
Et cette putain d’alarme, qui fonctionnait parfaitement, n’était pas trop sensible, ni rien, sonnait.
C’était un régiment de formation, donc, pas trop protégé, situé juste à côté d’un quartier sensible. En gros, d’un côté, des jeunes qui n’aimaient vraiment pas les militaires et ne se privaient pas de les passer à tabac lorsqu’ils pouvaient en coincer un petit groupe en infériorité numérique, et de l’autre, des bidasses qui succombaient aisément aux joies de la ratonnade. En gros, qu’un ou deux petits cons se soient mis en tête de venir nous piquer des flingues restait du domaine du possible.
C’est en réfléchissant à tout cela que nous courions vers le bâtiment où se trouvait l’armurerie. Il possédait deux entrées, chacune ouvrant sur un petit hall, reliés par un couloir. Dans le premier hall, une porte, porte qui s’ouvrait sur un escalier, escalier qui descendait au sous-sol, ou se situait la porte blindée de l’armurerie.
Nous étions quatre : le sergent, militaire professionnel, et trois appelés, moi, donc, et deux gars de l’ALAT. L’ALAT, Aviation Légère de l’Armée de Terre, connu pour son cri de guerre « ALALALALAT, on est mieux ici qu’au Club Med ! ». Les deux gars de l’aviation, donc, avaient l’air heureux, bien nourris, et regardaient avec curiosité leur FA-MAS, en se demandant comment pouvait bien fonctionner ce bidule.
Arrivés, donc, devant la porte du bâtiment, hall 1, le sergent s’arrêta, et distribua des chargeurs. « On engage ». Ce qui revenait à dire que l’on ôtait le chargeur factice du fusil d’assaut, qui ne servait qu’à protéger le mécanisme de l’encrassement, pour le remplacer par un vrai. Avec des vraies balles. Bon, jusqu’ici, tout allait bien. On suivait les consignes du chef de corps procédurier, mais l’arme était encor inoffensive. Nous entrâmes dans le bâtiment. On entendait, étouffés par la lourde porte fermée sur l’escalier, des coups répétés.
« Bon » dit le sergent, toi (un mec de l’ALAT) et toi (les seul fantassin présent sur place, donc moi, hein), « vous ressortez, vous entrez par l’autre hall, vous patrouillez le couloir et on refait la jonction ici » sitôt dit, sitôt fait, on fait le tour, on parcours le couloir, et on retrouve nos deux acolytes, fixant la porte, de derrière laquelle ne nous parvenait plus que le silence.
Le sergent était emmerdé. « Bon… Y’a plus qu’à aller voir… Vous connaissez la procédure ? » Les gars de l’aviation, ça leur rappelait vaguement un truc, mais moi, oui, je la connaissait. A force de se l’entendre répéter tous les jours pendant cinq semaines, hein… A l’injonction du sergent, je récitai « Première sommation : HALTE LA, QUI VA LA ! deuxième sommation HALTE ! Troisième sommation HALTE OU JE FAIS FEU ! Quatrième sommation HALTE OU JE FAIS FEU ! Puis ouvrir le feu. »
Le sergent « C’est parfait, tu viens avec moi. Bon, y’a pas le choix, on déplombe. »
Bon, jusqu’ici notre arme n’était pas dangereuse. Certes, le chargeur était engagé, mais tant qu’on ne tirait pas sur le levier d’armement, aucune cartouche n’était positionnée dans le canon. Et le levier d’armement était scellé par un fil de plomb. Lorsqu’on restituait l’arme, et que le fil de plomb était brisé, on avait intérêt à avoir une sacrée bonne explication.
Je tirai donc sur le levier de mon fusil d’assaut, tandis que le sergent en faisait autant avec le fût de son pistolet automatique et réglementaire, positionnait l’arme en coup par coup, et m’engageait dans l’escalier à la suite du sergent, nos collègues restant postés en haut.
L’exercice, délicat, consistait à descendre en tenant l’arme à l’épaule, en position de tir tendu, tout en gardant mon index le plus loin possible de la queue de détente.
J’avais pas signé pour ces conneries, moi.
Enfin, nous parvînmes en bas de l’escalier. Nous ne pouvions pas encore voir ce qui se passait, à cause du mur qui le fermait. Comme convenu, le sergent bondit alors pour se placer dos au mur d’en face, pour couvrir l’angle mort, tandis que je me positionnai, dos au mur aussi, face à la porte de l’armurerie, que je devais couvrir.
Ce que j’essayai de faire. Déjà, ce fut lent : mes jambes étaient en plomb, d’un coup. Et le canon de mon fusil d’assaut n’arrêtait pas de bouger. Tremblement incoercible ? Oui, et j’aimerai vous y voir.
La première chose que je vis, ce fut un paillasson. Avant de me rendre compte que non, ce n’était pas un paillasson, mais bel et bien un gus, qui dormait comme un bienheureux.
Le grand benêt, front bas et regard obtus, s’était retrouvé affecté par l’armée au régiment de transmissions. Jugé trop abruti pour les travaux simples, et personne n’en voulant, ils l’avaient envoyés à l’armurier, en guise de punition pour avoir vaguement contrarié le colonel.
Et le petit jeune coulait des jours heureux, ne foutant rien d’autre de ses journées qu’à faire reluire des grosses carabines noire, et passant ses soirée à son loisir favori, fumer joint sur joint en éclusant des bières.
Et ce soir la, particulièrement défoncé par une bouteille de gin, et quelques pétards de derrière les fagots, arrivé à cours de fumette, il s’était souvenu de quelques grammes d’herbe, oubliés dans un paquet de clope, à l’armurerie. Qu’il avait décidé d’aller récupérer. Sauf que personne n’était assez fou pour lui avoir confié la clef des lieux, chose dont il ne s’était souvenu qu’au moment d’essayer d’ouvrir la porte, sur laquelle il s’était acharné à coups de pieds avant de s’endormir.
Et il roupillait, ce salaud, comme un bienheureux, pendant que le sergent et moi le fixions d’un œil mi-furibard, mi-soulagé.
Plus tard, après avoir pris le temps de remettre nos armes à la sécurité, et de souffler un peu, le sergent décida que nous amènerions cet abruti en cellule, avisant au passage l’officier de permanence. Mais qu’avant, il fallait le réveiller.
Les gars de l’aviation furent surpris de voir remonter l’armurier au visage rouge et au nez ensanglanté, suivi d’un sergent et d’un fantassin qui avaient mal aux mains.
Lorsque je quittai le régiment, trois semaines plus tard, l’ahuri n’était pas encore sorti du gnouf.
L'ankhou qui illustre cet article est une courtoisie de Rex Buthor. Tous les autres travaux graphiques sont de Manu Rayot. Tous droits réservés.










