Idées noires

 

''La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute''

Pierre Desproges

 

profilok-copie-1Félicitations à tous les participants à la clôture du jour.

S'il y a bien un cri de guerre partagé entre tous, c'est sans conteste « Mort aux cons ».

Je suis d'accord. Mais uniquement pour dire que c'est la phrase la plus stupide qui n'ait jamais été prononcée.

Que signifie-t-on quand on brame ainsi son souhait de voir trépasser incontinent les non comprenant ? Il y a deux interprétations possibles.

La première, c'est que l'on souhaite voir mourir tous ceux que l'on considère comme cons. La seconde, que nous appelons de nos vœux la fin de l'humanité entière.

Pour analyser cette interjection, il faut d'abord se mettre d'accord sur ce qu'est un con.

Karl Marx commençait son célèbre « Le Capital » en consacrant tout entier le chapitre un du livre un à définir ce qu'était une marchandise. La majorité des marxistes vous expliqueront que le chapitre est dispensable, et que l'on peut le sauter aisément. Lorsque j'étais en faculté de philosophie, mais la je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, un prof avait consacré un semestre à ce fameux chapitre un du livre un du « Capital ». Au bout de ces longues semaines, nous en étions parvenus à une conclusion étonnante : les Marxistes n'avaient pas attaché d'importance à la définition de marchandise selon Karl Marx, et, ce faisant, étaient passés complètement à côté de la pleine compréhension de l'œuvre, puisque, en quelques sorte, l'auteur et eux ne parlaient pas du tout de la même chose.

Rappelons que les derniers mots de Marx sur son lit de mort furent « Moi au moins, je ne suis pas Marxiste ».

J'aurais pu prendre un autre exemple, celui des « Méditations métaphysiques » de Descartes. Lisez le livre. Il est court. Peu complexe, en lisant petit à petit, bien concentré, dans un silence absolu, il est facilement compréhensible par un néophyte. Je vous attend la.

Ca y est ? Bien.

Maintenant, relisez la première méditation.

Encore.

Encore.

Encore.

Et ainsi de suite. Combien de temps ? Jusqu'à ce que vous ayez compris ce que Descartes veut dire. Le texte est si court et si explicite que vous passerez certainement en première lecture sur son sens véritable. Comment saurez vous si vous avez saisi ? C'est simple : vous ressentirez comme une petite explosion dans votre tête. C'est votre point de vue qui bascule, comme pour une ''prise de conscience'', lorsque quelque chose vous apparaît soudain à la fois nouveau et tellement évident. Relisez ensuite le livre à la lumière de ce que vous venez de comprendre.

Vous avez compris ? D'un côté, pour simplifier, vous aurez lu un livre sur la métaphysique, de l'autre, vous aurez lu un livre sur le doute métaphysique. Pas pareil, de suite.

La vie, c'est un peu la même chose. Sauf que, comme il n'y pas d'auteur, ou du moins il existe de nombreux et légitimes doutes quand à son existence, il est impossible de décrypter ses intentions profondes. De même que la vérité. La vérité n'existe pas, ou alors si, mais elle est protéiforme. Elle change en fonction du point de vue de qui la regarde. Dans l'absolu, il existe six milliards de vérités sur terre, selon les derniers chiffres, et en excluant les animaux.

Revenons à nos cons.

On pourra en distinguer de deux sortes.

Le con faible d'esprit, celui que les aléas de la génétique ou un accident malheureux aura doté d'un intellect sous développé, nous retiendrons donc l'acception de ''débile'', qu'il soit léger ou profond. Généralement inoffensif, souhaiter ainsi leur extermination est désigné sous le terme d'eugénisme, qui a été pratiqué avec zèle par de grands hommes tels que Einrich Himmler ou Joseph Mengele, dans leur quête de l'idéal aryen. Eux aussi étaient bons aryens.

L'on ne traitera pas ici cette version, puisque le nazisme est passé de mode depuis longtemps.

Il y a l'autre con. Le con qui agace, le con qui met en rogne, le con que l'on a envie de tuer, et on ne se gêne pas pour le faire savoir.

Ce con la se reconnaît aisément : il n'est pas d'accord avec vous. C'est pour ça qu'il est con.

Opposons deux cons, si vous êtes d'accord. Si vous n'êtes pas d'accords, mort à vous ! Vous êtes cons, parce que de toute façon, c'est mon blog, et je fais ce que je veux. Vous serez donc aimables de vous présenter vous-même au bourreau, j'ai autre chose à foutre que de perdre mon temps avec des cons. Pardon, je veux dire, mes cons. Qui ne sont pas les même que les vôtre, donc.

Quels cons opposer ? Le choix ne manque pas.

Nous pourrions opposer le con mondialiste au con identitaire.

Nous pourrions opposer le con politiquement correct à Eric Zemmour. Qui n'est pas con, mais qu'est-ce qu'il est pédant, ce con.

On pourrait opposer le con qui roule à trente dans une zone limitée à cinquante au con qui roule à cent soixante sur une nationale.

Nous pourrions opposer les cons qui regardent la télé réalité aux cons qui crachent systématiquement sur TF1.

Nous pourrions opposer le con qui a fait vacciner son enfant contre la grippe A au con qui s'oppose à la vaccination parce qu'on ne sait pas ce qu'il y a dedans (ceux qui sont opposable, c'est à dire ceux qui ont survécu à la grippe A).

Nous pourrions opposer le con profiteur qui se fait entretenir par les minimas sociaux au con qui se lève tous les jours à une heure indue pour aller bosser contre un salaire de misère.

On pourra opposer ces cons de musulmans qui emmerdent le monde aux cons de non musulmans qui les laissent faire.

On pourra opposer les cons qui veulent des centrales atomiques très polluantes aux cons qui veulent regarder la télé à la bougie.

On pourra opposer ce con de Dalaïlama qui se marre tout le temps à ce con de robert Smith qui sourit jamais.

On pourra opposer les cons de droite aux cons de gauche. Ou inversement.

On pourra opposer les cons d'extrémistes aux cons de mollassons tièdes.

On pourra opposer les cons qui boivent du Coca aux cons qui boivent du Pepsi.

On pourra opposer les cons qui préfèrent le thé au café aux gens absolument pas cons à mon avis pour qui le thé n'est qu'un breuvage fadasse.

On pourra opposer les cons qui veulent des listes exhaustives à ce con de moi qui souhaite arrêter la parce que sinon l'article serait vraiment trop long.

On se rendra compte que tout le monde est con selon le point de vue ou on se place.

Ce qui rend la phrase « mort aux cons » stupide, c'est la non acceptation de sa propre connerie, pourtant vérifié instantanément : souhaiter la mort d'un autre revient à se considérer comme celui dont la vérité est la seule qui vaille et soit tolérable, et donc à se placer en désaccord avec tous ceux qui pensent différemment, et ainsi, subséquemment, à induire sa propre condamnation à mort par tous les autres.

L'on pourra ainsi démontrer l'existence d'une connerie objective, puisque cette haine de l'autre assujetti au rôle de con se base sur une démonstration impossible à démontrer de manière irréfutable, et ce, quel qu'en soit le sujet, faute de référent dont l'absolue immuabilité serait le point de concordance immanent.

Je sais. La phrase ci-dessus est un peu tordue. Prenez le temps de la relire, j'en suis très fier. Un autre l'a dit mieux que moi, c'est le grand philosophe Francis Veber « On est tous le con de quelqu'un » (in ''Le dîner de cons'', non édité).

Le jour, donc, ou quelqu'un décidera effectivement de tuer tous les cons, il pourra se présenter deux cas de figure : le premier, c'est qu'il en le formulera pas ainsi, il dira autre chose, et ce sera un vaste génocide, soit il ouvrira la chasse, et le monde entier se mettra à tuer les cons, c'est à dire que chacun cherchera à occire tous ceux qu'ils considèrent comme tels.

Comme nous l'avons vu, chacune sera concerné. Même le type inoffensif qui vit en ermite dans son coin deviendra la cible de ceux qui trouvent cons ceux qui vivent en ermites dans leur coin, et lui trouvera cons ceux qui agressent gratuitement ceux qui vivent... etc... etc...

Il n'y a qu'à Hollywood ou l'on peut imaginer les deux derniers survivants au massacre se blesser tous les deux mortellement et mourir en même temps. Il en restera forcément un, un fourbe, un traître, qui, resté à l'abri lors de la bataille, s'approchera lorsque tout sera fini subrepticement du vainqueur, et l'assassinera sournoisement durant son sommeil épuisé. De l'humanité entière, il ne restera que lui.

Et il ne sera pas con, puisqu'il ne restera personne pour le considérer comme tel, plus aucun système de valeurs sur lequel fonder ce jugement partial.

Il se dressera alors seul, parmi les décombres fumants et les cadavres pourrissants des cons morts, sans personne pour l'aimer, nul enfant pour lui succéder, aucun ami à qui se confier.

Et il finira la, tout seul, comme un con.

 

 


Bénir ce blog et jeter une fleur - Voir les réactions endeuillées
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés