F Fumée Noire 2

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élicitations à tous les participants à la clôture du jour.

Je me suis souvent posé la question des limites à m'imposer pour ce blog. C'est vrai : j'écrit, finalement, sans contrôle, sans nul directeur ou rédacteur en chef pour m'empêcher de rendre le contenu public, sans censeur (ce qui n'a pas toujours été le cas, quelqu'un a des nouvelles de Modo ? comprenne qui pourra) et je publie absolument ce que je veux.

Je me suis censuré sur la politique, un peu, parce que, bon, ce n'est pas mon sujet premier, et que ça ne sert à rien de se fâcher avec des gens si c'est trop facile. J'ai aussi arrêté d'autre articles parce que, pour le coup, je n'avais pas les moyens de me payer un bon avocat.

Bien entendu, je me suis toujours rigoureusement fixé les limites du secret professionnel et du respect dû aux morts.

Et ça a plutôt bien fonctionné. Il y a eu juste une fois, sur Orange Blog, ou j'ai peut être passé la ligne rouge, je ne me rappelle plus de l'article, exactement, mais je sais que j'ai reçu des messages du type « j'ai toujours aimé tes articles, sauf celui-la ». Bon, on ne peut pas toujours éviter de se planter. Dans ce sens la, du moins, parce que des mauvais articles, j'en ai fait un paquet.

Mais...

Ce soir, il est arrivé une chose que je n'avais jamais envisagée que d'un point de vue théorique. J'ai eu l'idée d'un article, je l'ai écrit, je l'ai un peu retravaillé, et, une heure plus tard, il était la, sur mon écran. Un bon article, sur le mode de l'humour noir que j'aime tant, grinçant, avec cette petite musique funèbre, cette conclusion à la fois glaçante et désespérée de l'homme qui se sait vivre en enfer et dont la seule délivrance serait la mort qui le libérerait de cette vie sinistre pour le précipiter, seul, dans un immense désert glacé de néant.

Je suis resté le fixer pendant une autre heure d'un œil torve, ai essayé de le modifier, un peu, mais rien à faire : il était tourné exactement de la manière dont il aurait dû l'être, et toute modification aussi infime fut-elle, l'aurait fait franchir le pas infime qui sépare l'humour noir, le vrai, le fort, le liquoreux, de la provocation vulgaire et cynique.

En un mot, mon meilleur article.

Simplement, le sujet en était horrible, et les conclusions que j'en tirai, ignobles. Si, si, moi même je l'ai vu.

Au bout de tout ce temps, j'en ai tiré la seule conclusion valable : non, je ne le publierai pas. C'était la ligne jaune, la limite à ne pas franchir, et je serai raisonnable, je resterai à contempler l'horizon, sans chercher à gagner cette ligne lointaine. Je maintiendrai l'illusion, pour celles et ceux qui l'entretiennent encore, qu'au fond de moi, il y a un mec bien. J'ai caché l'article sur un recoin de mon disque dur.Il serait mon Enfer, mon Nécronomicon, mon article de légende.

Alors, à la place, j'ai écrit cet article. Celui que vous êtes en train de lire. Je l'ai fait pour deux raisons.

La première, c'est que je suis vachement fier de ma réaction. Si, si, je me suis trouvé adulte et responsable, sur ce coup-la, et c'est chouette.Je n'ai pas l'habitude.

La seconde, c'est que cet article dont je vous entretiens, et qui existe vraiment, je vous le précise, je pense vous avoir vraiment donné envie de le lire, tout en vous expliquant que vous ne le lirez jamais. Et ce soir, en m'endormant, j’aurai un petit sourire satisfait, et vaguement moqueur en songeant à votre frustration.

On ne se refait pas.

 

 

 

Les graphismes, illustrations et la déco du blog sont l'oeuvre de Manu Rayot.

Tous droits réservés.


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