élicitations à tous les participants à la clôture du jour.
J’entends parfois des gens s’exclamer, le plus souvent lorsqu’une fraîche adolescente se fait occire par un pervers brutal et sans âme, qu’on aurait pu l’empêcher, que la justice, la police, l’école, les parents, bref, l’univers entier, a mal fait son travail.
Rien n’est plus faux.
En réalité, les fautifs sont ces bonnes âmes elles-mêmes, qui, cherchant à tout prix un coupable sur qui rejeter la faute, ne prend pas en compte la société dans son ensemble.
Tout petits, les enfants se voient offrir des jolis livres colorés ou des ours amicaux se régalent de miel en devisant joyeusement avec des renards facétieux. Privilège de cet âge béni ou l’insouciance est un droit fondamental, et où le rôle des parents consiste à leur préserver ce droit en apprenant à dire ‘’bonjour’’ et ‘’merci’’. Il sera toujours temps de prévenir les enfants que le père noël n’existe pas, puis, encore un peu plus tard, que les renards donnent des maladies, et que les ours peuvent négligemment vous faire sauter la tête d’un coup de patte.
Vous noterez qu’au zoo, les cages des ours sont autant conçues pour empêcher les animaux d’en sortir que les enfants d’y entrer.
L’arrivée des Bisounours n’a certes pas arrangé les choses : ces bestioles insupportables, vivant dans un monde totalement ignorant de ce que sont danger et agressivité ont imposé durablement leur image.
Et même si l’on sait, arrivé à l’âge adulte, que les grizzlis sont avant tout des brutes capables de manger un steak de bébé dodu suivi d’un tartare de sa maman, on en est resté à un stade paradoxalement assez infantile sur certains aspects.
Puisqu’on parle des zoos, il est un détail souvent omis à leur propos : si les grilles sont destinées à empêcher les animaux de sortir, et de protéger les hommes d’eux, elles sont aussi destinées à les protéger de l’homo sapiens sapiens. Parce que tout policé et bien élevé que soit l’humain, lisant Aristote en citant Platon (c’est loin d’être facile, essayez), c’est le même qui déforeste à tour de bras pour produire de l’huile de palme, condamnant à mort les orangs-outangs.
Alors, puisque le monde est brutal, on désignera un coupable, en fonction des circonstances. Les coupables sont ces salauds de sauvages qui détruisent la foret vierge pour faire pousser des palmiers, disent les bonnes âmes dont le caddie en regorge. Les coupables sont le gouvernement et Sarkozy qui vote des lois à tour de bras conter les récidivistes sans discernements, explique la gauche dont les mesures n’ont pas donné de meilleurs résultats.
Non, les coupables sont ceux qui désignent les prêtres comme pédophiles, mettant coupables et innocents dans le même panier et absolvant au passage tous les autres, Marc Dutroux n’ayant jamais fait le séminaire. Les coupables sont ceux qui présentent le cyclisme comme le repaire du dopage sans se demander ce qu’il y a dans la seringue des footballeurs. Les coupables sont autant ceux qui prônent la peine de mort pour les assassins d’enfants que ceux qui veulent à tout prix les réinsérer.
Les coupables sont ceux qui se laissent aveugler par une idéologie, parce que les tueurs n’en ont aucune.
Dès lors, que dire aux enfants ? De se méfier de tout le monde, y compris de ses amis, y compris de sa famille, au point qu’il s’enfermera dans une bulle ou il finira par se considérer lui-même avec circonspection ?
Et que faire pour les protéger ? Mettez un assassin hors d’état de nuire, quel que soit ce que cela signifie, et un autre se lève déjà derrière pour continuer.
Alors, oui, il existera toujours de fraîches adolescentes dont la seule expérience du sexe sera un viol brutal suivi d’un meurtre barbare, oui, il existera toujours des pervers pour commettre ces actes, et, si ils sont coupables, à côté d’eux, sur le banc des accusés, il faudrait faire asseoir tous ceux qui, parés d’une pseudo rectitude morale ou d’une écoeurante bienveillance, voudraient faire croire le contraire.
Si la jeune Agnès n’avait pas été tuée, si toute cette affaire n’avait pas vu le jour, elle et son meurtrier auraient été remplacés, bientôt, par d’autres.
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