(ceci est la réédition légèrement retouchée d'une histoire parue déjà en ce blog)

élicitations à tous les participants à la clôture du jour.
Dans un petit village Breton vivaient Fanch et Ti Jean, deux amis d'enfance, dont les veuvages respectifs avaient conforté l'amitié qui leur offrait des habitudes rassurantes. L'un n'allait pas sans l'autre, et, sitôt levés, un brin de toilette faite et leur petit déjeuner avalé, ils se rejoignaient et partaient en vadrouille dans leur coin des Côtes d'Armor.
Car Fanch et Ti Jean, malgré leurs âges vénérables, ne supportaient ni l'un ni l'autre l'inaction, et on les trouvait toujours ensemble quelque part, à réaliser de menus travaux où leur savoir faire faisait merveille. Ils étaient heureux de se rendre utiles, et toujours prompts à rendre service.
Souvent, dés potron-minet, on pouvait voir émerger leur canot de la brume, lorsqu'ils s'en venaient de la pêche au large. Leurs prises, comme il y en avait trop pour eux même, ils allaient la distribuer aux petits vieux du coin.
Fanch et Ti Jean étaient heureux, et il n'y avait qu'entre eux qu'ils parlaient de leurs épouses bien aimées, y compris, à mots couverts, du moment de les rejoindre.
Puis vint ce funeste matin ou Fanch ne vit pas venir son ami. Il chemina jusqu'à son domicile, toqua à la porte, puis ne voyant personne venir, téléphona imédiatement aux pompiers et au fils de Ti Jean pour prévenir qu'un malheur était survenu.
Les soldats du feu, après avoir tambouriné, appelés, décidèrent de forcer la porte. Ils trouvèrent Ti Jean devant son journal, son café à moitié bu prés de lui, quelques miettes de pain étalées sur la table, le menton posé sur la poitrine comme pour une petite sieste incongrue. Son cœur avait cessé de battre.
Fanch encaissa le coup en Breton véritable, qui vivait avec la culture de la mort depuis qu'il était petit. Sans avoir lu Le Braz, il savait que l'ankou était venu chercher son ami dés l'aube, sur son chariot, il lui avait même semblé entendre grincer la roue. Mais de cela, il ne parla pas, parce qu'on tait ces choses la. Il aida la famille à tout organiser, choisir le cercueil, donna un coup de main au curé pour préparer l'église.
Il se maintint ainsi occupé jusqu'au jour des funérailles.
Fanch était au premier rang, sur le banc réservé aux membres de la famille, c'étaient les fils de Ti Jean qui avaient insisté.
La messe se déroula sans encombres. Tout le village était là, et de nombreuses délégations des alentours, tant la personne de Ti Jean, toujours cheminant de concert avec son vieux copain Fanch, surgissant inopinément, la caisse à outil à la main et une plaisanterie aux lèvres, précisément ou l'on avait besoin d'eux, leur avait attiré des sympathies et des liens dans toute la contrée.
Puis vint le moment du dernier geste. Chaque membre de l'assemblée se leva pour bénir pour dire au revoir à Ti Jean. Lorsque son tour vint,
Fanch se leva, sembla hésiter un peu, pâlit et tomba.
Plusieurs personnes se précipitèrent pour lui porter assistance. Le maître de cérémonies des pompes funèbres fit s'écarter les gens, porter
Fanch sur un banc, et appela le SAMU. Fanch, semblant reprendre un peu du poil de la bête, demanda à ce qu'on le laisse la et que les obsèques de son copain se poursuivent sans lui. Il
rejoindrait l'assemblée plus tard au cimetière.
Et le convoi s'achemina. Le maître de cérémonies fit son boulot, un discours poignant, puis, après que chacun ait salué Ti Jean, et ce fut long, tant étaient nombreux ceux qui désiraient lui dire au revoir, il fut descendu dans le caveau, prés de son épouse.
Le maître de cérémonies prit congé, et, avec la famille, ils convinrent que c'était, peut être, préférable que Fanch n'eut été la, la descente du cercueil eut été un moment trop pénible à supporter pour lui... La famille passerait le chercher à l'église, devant laquelle ils avaient laissé leur voiture, et sans doute le médecin, qui devait être arrivé sur ces entrefaites, leur conseillerai de l'emmener chez lui, au repos.
Les croque morts remontèrent dans leur corbillard, et, passant devant l'église, virent la voiture du SAMU et les pompiers. Ils décidèrent de s'arrêter pour prendre des nouvelles de Fanch, qu'ils avaient laissé au calme, dans la petite chapelle derrière l'autel.
Fanch y était toujours. Les pompiers rangeaient leur matériel. Le médecin finissait de remplir le certificat de décès.










