2708919974 d3c1c60871profilok-copie-1élicitations à tous les participants à la clôture du jour.

Or donc, l'appel venait d'arriver du commissariat, réquisition. Le croque-morts essayait désespérément d'obtenir quelques infos du policier de permanence, à part l'adresse.

« Il est dans quel état ?

  • Je ne sais pas.

  • C'est une maison ? Un appartement ?

  • Je ne sais pas.

  • L'accès est comment ? Il y a un ascenseur ?

  • Je ne sais pas.

  • Le légiste est passé ?

  • Je ne sais pas. »

Bref, le croque-morts laissa tomber, blasé. Dans le doute, ils y allèrent à trois.

En arrivant sur place, ils comprirent de suite à quoi ils avaient affaire.

C'était un petit immeuble HLM ''à taille humaine'', de trois étages, devant lequel s'étendait un carré de pelouse. Au troisième et dernier étage, une rangée de fenêtres béait, d'autant plus facile à remarquer qu'un des deux policiers qui attendaient l'équipe sur la pelouse l'avait désignée d'un mouvement de tête. L'autre ne pouvais pas : il était occupé à vomir, derrière un buisson.

Le troisième policier attendait sur le palier. Enfin, pas fou, sur le palier en-dessous, un masque sur le visage, les narines tartinées de Vicks. Il faut dire que, dès que l'équipe avait ouvert les portières du véhicule, les effluves s'étaient engouffrées dans l'habitacle, même en bas.

La situation était simple : un homme, décédé depuis trois à quatre semaines, un printemps ou le climat avait été assez doux. Il devait peser dans les cent quarante kilos, dont un bon cinquième tapissait le sol de son séjour, sous forme de fluides corporels et et graisse liquéfiée par la putréfaction. Les croque-morts étaient montés ''à cru'' sans, équipements, juste des grenades de désinfectant. L'un d'eux se dévoua pour traverser la pièce, fermer la fenêtre, afin que le gaz bactéricide fasse son effet, et manqua deux fois de glisser et s'étaler de tout son long dans la mare saumâtre.

Ils lancèrent trois bombes désinfectantes et descendirent fumer une cigarette le temps qu'elles agissent. En bas, les deux policiers asticotaient gentiment leur troisième collègue, un jeune, qui voyait pour la première fois un corps putréfié, et surtout, sentait cette odeur épouvantable.

Deux des croque-morts fumaient une cigarette en devisant, tandis que le troisième nettoyait ses chaussures à l'alcool. Dix minutes s 'écoulèrent ainsi, et il fut temps de s'équiper.

Chacun enfila alors une combinaison intégrale blanche jetable avec une capuche, des protège-chaussures en plastique, une paire de gants en latex, puis une seconde paire en caoutchouc épais, et un masque. Une fois tout en place, seuls les yeux étaient encore exposés.

Puis ils montèrent.

Après concertation, ils décidèrent d'utiliser deux housses. Une première, blanche et relativement fine, de protection de corps classique, servirait surtout à emballer le corps et à la manipuler sans trop de salissures. Puis ils traîneraient celle ci vers une seconde, en plastique noir très épais, dite ''housse d'exhumation'', prévue elle pour contenir justement des corps putréfiés, perdant beaucoup de fluides. La housse d'exhumation fut donc disposée ouverte sur le palier de l'appartement, et ils entrèrent pour disposer le corps dans la housse blanche.

Plus ils approchaient du corps, plus la couche graisseuse et jaunâtre sur le sol était épaisse et glissante, composée de sucs digestifs, de graisse fondue, de sang pourri et d'urine. Les vers s'en donnaient à cœur joie, formant sur les parties du corps ou la chair était apparente un tapis blanc doué d'une vie propre. A chaque déplacement, le corps exhalait des gazs de décomposition et des fluides suintaient.

La routine pour les croque-morts, qui s'en allaient de temps à autre à la fenêtre, ré-ouverte entre temps, pour respirer un grand coup.

Enfin, le corps fut emballé dans la housse blanche, traîné jusque la housse d'exhumation, qui fut promptement et hermétiquement close. Personne n'avait glissé, personne ne s'était étalé de tout son long dans le bouillon de culture qui tapissait le sol.

Soulagé, ils sanglèrent le corps sur le brancard en échangeant quelques plaisanteries.

« Il y aura des soins, sur celui-la ? »

« Quelqu'un a pensé à récupérer des vers, je vais à la pêche dimanche ».

Puis ils levèrent l'appareil et descendirent. Un aux pieds, qui amortissait la descende, deux à la tête. A la force des bras, ils descendirent les trois étages, sans faire de pause sur un palier, tant ils étaient impatients de ranger leur client dans le caisson étanche réfrigéré, et de jeter leur équipement putride à la poubelle. Alors qu'ils sortaient de l'immeuble, ils croisèrent un voisin. Le petit homme attendait, à côté de la porte d’entrée, un sac de provisions à la main.

Les trois types suants, avec leurs combinaisons blanches tâchées ici et la, leurs gros gants bleus luisant de matière d'aspect louche, et leurs masques qu'on aurait dit sortis d'un film catastrophe sur la guerre bactériologique, transportant sur un brancard fait de tubes d'acier inoxydable un gros sac noir en forme de housse funéraire ne semblèrent pas le troubler plus que ça.

« C'est qui ? » demanda-t-il à l'un des croque-morts, et désignant d'un mouvement de menton le sac noir.

Les croque-morts ne savaient pas trop que répondre, ils tournèrent leurs regards vers les policiers.

« Troisième gauche » répondit le chef de patrouille.

« Ah oui ? » le petit homme leva la tête vers les vitres ouvertes « Connaissais pas, lui. C'est le quatrième, dans l'immeuble, cette année. »

L'un des croque-morts ne put s'empêcher « et vous n'avez jamais songé à déménager ? »

« Bah non », répondit le petit homme, « Il est pas mal, comme immeuble. C'est propre et on a la télé par satellite. » puis il rentra chez lui, tranquillement.


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