"La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme.

Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement."

article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen

 

F Fumée 2 bis +blanc fond noirLogoélicitations à tous les participants à la clôture du jour.

La cérémonie se déroulait bien. Impeccablement bien, d'ailleurs. La famille, au premier rang, pleurait bien, et les yeux des membres de l'assistance, fort nombreuse, d'ailleurs, la maîtresse de cérémonie avait vu en venant que le parking était comble, arboraient un rouge de circonstance.

Elle fit sa transition, sans se démonter, d'une voix calme et maîtrisée. Puis elle envoya la musique. Pendant le morceau, elle vit un de ses collègues, dans l'alcôve qui servait autrefois de cabine sono, lui faire des signes frénétiques.

Discrètement, elle se dirigea vers lui, pensant qu'à gesticuler comme ça, il finirait par se faire mal.

Il faut que je vous précise : il existe une règle d'or, non, écrite, non même formulée, mais tacite, et évidente, lorsqu'on y réfléchit, qui est que jamais, sous aucun prétexte, l'on ne dérange un maître de cérémonies en train d'officier.

La maîtresse de cérémonie s'enquit donc du message si urgent qu'il avait été nécessaire que cette règle fut brisée. Il lui fut délivré et elle en conçut un grand trouble.

Elle s'en retourna donc à son pupitre, et attendit que la musique prenne fin. Lorsque le morceau se termina, elle appuya sur le bouton d'arrêt, et releva la tête. Elle se dirigea vers la famille et leur expliqua brièvement. Puis, au micro dans un silence à peine interrompu de quelques sanglots, d'une voix qui semblait toujours aussi calme, elle prit à nouveau la parole.

« Nous allons poursuivre notre hommage à Monsieur Mitchell, en écoutant un poème, qui sera lu par sa petite fille Hildegarde. » Elle marqua un silence, puis... « Pendant ce temps, le propriétaire du véhicule stationné dans l'entrée de l'entreprise d’à côté est prié de bien vouloir déplacer son véhicule, il gêne la sortie des camions. Merci ».

Des yeux clignèrent, surpris par cette irruption d'un réel si pragmatique dans ce moment d'éternité. Enfin, un homme se leva, et, plié en deux, essaya d'atteindre la sortie en se rendant invisible aux trois cent paires d'yeux qui le fixaient, irrités ou goguenards.

Il ne revint pas assister à la fin de la cérémonie.

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Croque-Morts Magazine vous informe : ce texte fait partie d'un quatuor d'inédits. Le premier, très court, paraîtra dans les prochains jours. Le second, qui raconte les effets de la musique sur un maître de cérémonies extrêmement concentré, et le dernier, qui traite de la solitude du maître de cérémonie avant de commencer l'hommage, seront eux publiés en octobre, mais ils seront envoyés, dès demain pour l'un, et dimanche pour l'autre, aux abonnés au blog par la newsletter. Croque-Morts Magazine vous rappelle aussi que l'abonnement à la newsletter est gratuit, et se fait par la droite, ou c'est écrit ''Newletter''. Croque-Morts Magazine vous informe enfin que si, malgré cela, vous n'avez toujours pas compris, il ne peut plus rien pour vous.

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